Aux quatre points cardinaux du village se trouve un endroit aménagé pour y servir de watercloset ; ou bien c’est une sorte d’échafaudage fait de troncs d’arbres, ou encore un arbre coupé, le long duquel on a creusé un fossé, ou bien encore de véritables fossés avec feuillée, tels qu’on les fait construire dans les campements par les troupiers. Ces endroits se nomment bacaso en langue agni, ce qui veut dire : « l’endroit du morceau de bois ».
Un indigène de race agni faisant sa toilette.
On trouve peut-être ces détails un peu oiseux, mais il est si rare, dans ces pays, de rencontrer des gens propres, qu’il serait injuste de ne pas leur rendre justice.
J’ai vu aux abords d’Aouabou et de plusieurs autres villages, généralement dans le coin de quelque bananeraie, des tombes, au-dessus desquelles est disposé le plus souvent un petit hangar en clayonnage recouvert de chaume, ou bien encore la tombe est dissimulée par une série de branches qui se croisent au sommet.
Dans une ou deux cases, un peu à l’écart du village, se retirent les femmes à une certaine époque. Pendant tout ce temps la femme est considérée comme impure et aucun homme n’a de commerce avec elle.
L’Anno comprend aussi quelques colonies mandé venues du Diammara, du Kong et du Kouroudougou, qui se sont surtout fixées à Groûmania. Ces colonies ont toujours été très puissantes ; elles ont fourni de nombreux contingents lors des guerres qu’ont soutenues le Dagomba, le Mampoursi et le Gondja contre le souverain de Nalirougou.
On sait, comme je l’ai dit plus haut, que les guerriers mandé de Groûmania sont restés sur le théâtre de la guerre et ont obtenu de grandes concessions de terrains sur la route de Yendi au Haoussa, où ils ont créé un centre très important encore et dont l’existence nous a été révélée par les itinéraires par renseignements de Barth. Cette ville s’appelle toujours « le Camp de Mango », Sansanné[49]-Mango. Les chefs actuels de Sansanné Mango sont encore des Ouattara.
Quand la puissance achanti est tombée, d’autres Mandé ont quitté l’Anno et ont fondé des colonies dans le Barabo (rive gauche du Comoë, à l’est de l’Anno). Cette colonie mandé du Barabo est placée sous l’autorité d’Ardjoumani, comme nous l’avons vu.
Pendant notre séjour à Aouabou je me rendais souvent chez Kommona Gouin pour le saluer, lui parler de la France et du commerce des Européens, ce qui l’amena à me confier que depuis longtemps il avait le désir d’entrer en relations avec nos comptoirs de Mouoso (Grand-Bassam). Voici à peu près en quels termes je l’ai engagé à traiter :