« La protection que nous avons accordée à Amatifou (ex-chef du Sanwi) et que nous continuons à son successeur Aka Simadou, est un sûr garant que nous ne voulons pas la guerre et que nos intentions sont tout ce qu’il y a de plus pacifique. Ce que je suis venu faire dans ces régions, tous, vous l’avez compris : je veux vous aider à vous passer des nombreux intermédiaires et courtiers qui vous enlèvent le plus gros de vos bénéfices, et, par un accord entre nous, vous faciliter l’accès de nos comptoirs. » Il s’engagea à ouvrir une route suffisamment large de Groûmania à Attakrou (premier village de l’Indénié) et ne concéda le droit de venir commercer dans son pays qu’à nos nationaux.
Un malade en consultation.
Cet homme, comme généralement tous les chefs âgés, est un brave et digne homme ; il a toute ma sympathie. Il est retiré dans son petit village d’Aouabou, à la porte de Groûmania, et a l’air d’administrer honnêtement son pays ; partout on nous a fait l’éloge de sa probité et de sa façon de gouverner. Sa bonté est proverbiale.
Son intérieur est très modeste : il se tient presque toujours dans un hall formé de quatre petites cases rectangulaires. L’une renferme le panier dans lequel le transportent quatre vigoureux gaillards quand il se déplace, quelques lances, des fusils à silex et une belle peau de panthère, cadeau du chef de Bouna. Une autre case contient toute une série de tam-tams autour desquels sont amarrées quantité de mâchoires humaines, derniers trophées de la guerre que Diané, ancêtre du chef, livra à Fofié, un des prédécesseurs d’Ardjoumani, qui fut tué à Moroukrou deux jours après avoir traversé le Comoë. La mâchoire de Fofié est attachée au plus gros tam-tam.
Type d’un village gan-ne ou agni.
Cette demeure royale n’est ni gaie ni séduisante, et ce n’est pas la présence de Kommona Gouin qui l’égayera. Habillé en musulman, coiffé d’une grande chéchia rouge, il est toujours assis sur une sorte de chaise, entouré d’un ou deux de ses enfants. Le pauvre roi est presque aveugle ; il porte une barbe blanche à peine cultivée dont l’extrémité (la barbiche), teinte en rouge au henné ou avec du jus de kola, est roulée sur elle-même et forme une assez grosse pelote, ce qui lui donne un air tout à fait grotesque.
Le cadre d’un palabre n’augmente guère le faste royal de la cour d’Anno. Le public est plus nombreux cependant, et c’est un peu plus original, la parole n’étant portée que par les porte-canne, sorte de factotums qui ont en main une canne sculptée et ne font que répéter les paroles du roi ou des intéressés qui viennent solliciter une mission ou en rendre compte. Dans ces palabres souvent il y a aussi des individus faisant fonction d’huissiers : ils indiquent les places à occuper par les assistants, leur font donner des tabourets, en un mot s’occupent de l’ordre des préséances, etc. ; on reconnaît ces individus à une tête de singe qu’ils portent suspendue au cou : c’est la chaîne de nos huissiers.
Comme je logeais chez Acra, le premier porte-canne de Kommona Gouin, et qu’il parlait mieux le mandé que son souverain, je réussis à me procurer les noms des chefs qui ont précédé le roi actuel.