Mercredi 20 février. — Nous traversons Kouadioukrou et Adikrou, gentils petits villages où les habitants ont l’air très bienveillants. Dans cette région, l’or est aussi exploité ; mais j’ai cependant remarqué bien moins de puits sur le chemin même : l’exploitation a lieu dans des endroits situés à quelques kilomètres du sentier que nous suivons à l’est et à l’ouest. Nous arrivons à Ndiénou vers neuf heures et demie du matin. Il était temps, mon mal n’avait fait qu’empirer, et c’est exténué que je me jetai sur ma natte dans la case que le chef du village mit à notre disposition.

Ndiénou est un village assez important par sa situation. Du village part un chemin par Ahouan et Duhinabo sur Annibilékrou dans l’Assikaso (en agni « lieu de l’or »). Un autre chemin non moins important mène par Assonakrou et Bankokrou à Amakourou, village important du Baoulé, où réside un chef influent, nommé Kabana Mpokou, qui a souvent des démêlés avec l’Anno ; mais actuellement une paix profonde semble régner.

Il y a à Ndiénou une petite caravane de Gan-ne du Baoulé qui ont les bras et les jambes ornés d’anneaux en cuivre creux à l’instar des Mossi ; j’y ai vu aussi quelques coiffures originales.

Les femmes Gan-ne se bornent à se rouler de toutes petites mèches espacées de 3 ou 4 centimètres. Les jeunes gens, en revanche, ont quelques mèches sur le front et les tempes, les cheveux coiffés en arrière et ramassés en touffe sur le sommet de la tête.

Très souvent ils portent un peigne en bois fabriqué par eux.

Jeudi 21 février. — Il m’est impossible de continuer ma route : mon mal n’a fait qu’empirer. La grosseur dont je suis affligé est dure et plus grosse que le poing ; elle m’occasionne une fièvre très intense qui me fait délirer, malgré les fortes doses de quinine que j’absorbe. Ce brave Treich me force à rester couché, et nous remettons le départ au lendemain. La journée est occupée par un palabre dans lequel nous engageons huit hommes pour porter nos bagages ; cela permettra à huit de nos porteurs de se relayer pour mon transport dans un hamac dont M. Treich avait eu la bonne idée de se munir à son départ d’Assinie.

Pour l’installer, il ne s’agissait que de trouver une solide perche longue et légère et d’y amarrer les extrémités.

Le chef de Ndiénou mit une grande complaisance à nous procurer des hommes ; il fut convenu qu’ils seraient payés à raison de 2 takou (1 franc) par jour et par homme, payables en poudre d’or, et, pour chaque journée de retour, 1 takou. Ces hommes prirent l’engagement de nous servir jusqu’à Attakrou, premier village de l’Indénié, sur la rive gauche du Comoë.

Vendredi 22 février. — Cette étape, tout en apportant un grand soulagement à mon état, a été bien fatigante. Mes huit porteurs ne savent pas encore manœuvrer habilement le hamac ; ils portent deux par deux, un à chaque extrémité, et se relèvent de demi-heure en demi-heure. Le sentier serpente tellement qu’il faut user des plus grandes précautions pour tourner avec une perche de 2 m. 50 supportant un hamac. Les lianes et les branches vous battent la figure, des branches mortes vous tombent sur la tête, et enfin à maintes reprises on risque de s’empaler sur de jeunes arbres coupés à 1 mètre du sol. Dans ces conditions, le voyage d’un malade dans un hamac n’offre qu’un seul avantage, celui de le transporter ; quant à lui éviter la souffrance, il n’y faut pas songer. J’étais calé par un coussin et des couvertures, ce qui me permettait de faire usage de ma boussole et de noter mes azimuts. Je puis le dire, jamais la mise au net de mon levé topographique n’a subi un retard de plus de vingt-quatre heures.