Cette bande ne se composait que de vingt-deux ou vingt-trois individus armés, et ce n’est pas l’envie de les châtier qui nous manquait. Mais, voyageant dans un pays que l’on ne connaît pas et dont on ne sait pas parler la langue, je crus prudent d’éviter toute hostilité de notre part, d’autant plus que, abandonnés par ceux qui devaient nous guider, j’ignorais si les villages qui nous entouraient sont amis ou non de Poukha. Dans un pays comme celui-là, de victime on passe facilement pour accusé, n’ayant pas le moyen de se justifier ni de fournir des explications.

Une heure avant la tombée de la nuit, nous arrivons à Pakhé. Les habitants sont encore dans les cultures et travaillent au son du tam-tam. Les griots nous accompagnent dans l’espoir de recevoir quelques cauries, et des jeunes gens viennent me saluer en me saisissant la barbiche, comme c’est l’usage par ici. Cette coutume force les Gourounga à enrouler des fibres autour de leur barbe pour ne pas se la voir arrachée par quelque salutation un peu brusque.

Le naba, chez lequel on me conduit, m’installe dans une case relativement propre, s’occupe de mes animaux et renvoie les curieux, assez nombreux pour être gênants.

L’un des hommes saisit la bride du cheval de Diawé.

Mon arrivée tardive et l’état de mes animaux ne me permettent point de partir demain ; je dois, à mon grand regret, rester un jour ici.

La population du village (600 à 700 habitants) m’a paru très mélangée. On y trouve des Gourounga de toutes les tribus. Il y aussi à Pakhé une petite colonie de Dagomba. Ces gens, sans être vêtus luxueusement, portent des effets propres. Leurs femmes, coiffées de foulards, ont des pagnes en cotonnade rayée de couleurs diverses de fabrication indigène.

Auprès des Gourounga, peu ou point vêtus, ils ont l’air de seigneurs. Les femmes dagomba font le petit commerce de sel, piments, tabacs, beurre de cé, kolas, etc., tandis que leurs maris s’occupent du commerce de bestiaux, de captifs, de coton, d’indigo, qu’ils vont vendre à Oual-Oualé et Gambakha. Pendant la belle saison ils font le commerce de kolas entre Salaga et ces deux derniers centres. Les enfants tressent des étuis en palme de différentes dimensions, destinés à renfermer le sel de provenance de Daboya ; ces étuis sont surtout vendus à Gambakha et dans la région avoisinant le Boussanga.

Les Dagomba comprennent tous le mossi. J’appris par eux que le pic que j’ai signalé à Tiakané, et que nous avons dépassé hier, se nomme Naouri-Tanga, et qu’au pied du pic, sur le chemin de Pakhé, se trouve le village de Naouri. D’ici on ne met, d’après eux, que trois jours pour se rendre à Oual-Oualé. On me conseilla de prendre le chemin d’Addoukou-iri, de préférence à celui de Koulor’o, situé plus à l’ouest.

Le chef de Pakhé ne chercha pas à m’extorquer de marchandises en dehors du cadeau que je lui fis, et le lendemain matin il mit deux hommes à ma disposition pour me conduire au chef de Midegou.