La souveraineté de Grand-Bassam a été concédée à la France en 1842, par traité des chefs du pays avec l’amiral Fleuriot de Langle — M. le commandant Bouet-Wuillaumez était alors gouverneur du Sénégal, — mais la prise de possession de la France n’a eu lieu qu’à la fin de l’année 1843, par une expédition commandée par le lieutenant de vaisseau de Kerhallet.

A l’ouest et près de l’embouchure du Comoë ou Akba, ou encore Costa, comme l’appelaient les anciens, on construisit un établissement qui prit le nom de fort Nemours. C’était un carré palissadé, flanqué à chaque angle d’un bastion en pierre, armé d’une caronade de 30. L’établissement possédait en outre trois obusiers de montagne.

Les factoreries se trouvaient, à l’origine de l’occupation, à l’intérieur de l’enceinte ; les magasins et la poudrière à l’extérieur, à portée du poste et des factionnaires.

Des baracons en planches et en maçonnerie servaient de logement aux Européens ; les travailleurs habitaient dans des cases indigènes.

Grand-Bassam, comme chef-lieu de la colonie, centralisait les services ; on y avait construit un bel hôpital en pierre de taille.

Les premières factoreries qui vinrent se fixer sur la côte appartenaient à la maison Régis, de Marseille, puis à la maison Monk, et enfin à la maison Swanzy, de Londres, et Verdier, de La Rochelle, à laquelle on céda notre établissement, lorsque après les revers de 1870 le gouvernement décida qu’il n’y aurait plus de garnison. La garde de la colonie fut confiée à M. Verdier, qui remplissait les fonctions de résident.

La maison Verdier a fait de l’ancien hôpital une très confortable maison d’habitation. Dans l’une des ailes est installé le télégraphe ; dans l’autre, les agents et les bureaux des deux employés blancs de la factorerie. Le rez-de-chaussée sert de magasins ; et une des chambres de caserne aux marins blancs du Diamant, qui viennent y coucher quand leur bâtiment est au mouillage.

D’autres magasins, aux alcools et aux poudres, sont à portée du poste, à côté d’une petite mare à eau saumâtre, qui n’a aucune communication apparente avec la mer.

Une allée de cocotiers menait jadis de la factorerie au mouillage de la lagune ; actuellement la plupart des arbres ont été coupés et employés à la construction de wharfs et d’appontements pour les chalands.

L’amiral Fleuriot de Langle dit qu’il a fait planter plusieurs centaines de ces arbres ; il en existe à peine une vingtaine en ce moment ; tout a été saccagé. Pourtant il n’y a qu’à mettre un coco dans un trou de 50 centimètres de profondeur, le décapiter et placer dessus une poignée de sel pour le faire germer ; la plage entière devrait être plantée de cocotiers et depuis longtemps n’être qu’une splendide forêt.