Le commandant Dubourquois, chef d’état-major de l’amiral Bouet-Willaumez, a fait en 1849 la reconnaissance du Tendo. Le Guet-N’dar a remonté la rivière jusqu’à Alacouaba (Alancabo).

Il signale sur la rive droite du Tanoë le territoire d’Anka, gouverné par une femme nommée Ankara. Sa capitale serait Noassou (Ennousou, actuellement en ruines). Cet exemple d’une femme exerçant une certaine autorité sur un pays n’est pas isolé : à Krinjabo encore aujourd’hui la sœur cadette d’Amatifou, la princesse Élua, est considérée comme une sorte de souveraine. Moi-même, dans ma route de Bondoukou à Amenvi (résidence d’Ardjoumani), j’ai couché dans un village dont le chef était une femme. Comme Élua, elle était stérile — serait-ce là une condition sine qua non ? Je l’ignore.

Au nord de l’Ankara, M. Dubourquois signale le district d’Afuma, tous les deux placés sous la suzeraineté du roi du Sanwi (Amatifou), actuellement Aka Simadou.

A Alancabo, limite d’exploration de M. Duburquois, le Tanoë reçoit un grand affluent de droite. Exploré et remonté en 1884 par le lieutenant Pullen, ce cours d’eau semble identique à la rivière Soui, recoupée en 1883 par Lonsdale un peu au nord de Tanoëso (itinéraire de Cape Coast à Annibilékrou).

Quant au Tanoë[59] lui-même, il a un cours beaucoup plus considérable : après avoir traversé le Sahué, il entre dans l’Achanti ; ses sources sont situées au nord de la végétation dense, près des ruines de Tékima, sur la route de Bondoukou à Koumassi, à une journée de marche au sud de la rivière Tain.

Plantation de café d’Elima, sur la lagune Aby. (Photographie de M. Ch. Alluaud.)

La partie nord du district Sanwi, située entre la rivière Bia et la rivière Tanoë, a été visitée en détail en 1882 par MM. Brétignière et Chaper, qui ont consigné leurs observations sur la flore et la faune dans les Archives des Missions scientifiques, publiées sous les auspices du Ministre de l’instruction publique.

Actuellement le commerce est entre les mains des gens de Grand-Bassam, de l’Akapless, de Krinjabo et de l’Apollonie. Très intelligents, ces peuples ne tiennent pas à laisser arriver à nos comptoirs les gens de l’intérieur, parce qu’ils sentent très bien que, du jour où tout le monde pourra se servir soi-même à nos comptoirs, le plus clair de leurs bénéfices actuels leur échappera. Cet état de choses est très préjudiciable aux intérêts de nos commerçants, en ce sens qu’il limite les transactions aux efforts et à l’activité déployés par un nombre de traitants bien inférieur à ce qu’il pourrait être.

Ces peuples, jaloux de voir tout le monde faire des affaires, tiennent les rivières et les chemins et ne laissent passer les marchands de l’intérieur qu’après avoir prélevé sur eux un impôt ou des droits assez élevés pour les forcer à employer leur intermédiaire dans des achats de marchandises de provenance européenne.