Par le Comoë, la route est plus libre que par l’Akapless et le Sanwi, mais les chemins sont à peine tracés, et il est difficile d’utiliser le cours du Comoë, pour les raisons que nous avons données plus haut : à savoir que les gens de race agni rendent responsables et solidaires les uns des autres les gens d’un même village quant au règlement des dettes et des amendes : ce sont quelquefois des compromis qui existent depuis plusieurs générations, auxquels se mêlent des successions, de sorte que les jurisconsultes les plus éminents ne pourraient plus dire quel est celui des deux partis qui a le droit pour lui. Cet état de choses donne lieu à des palabres interminables qui durent parfois très longtemps et après lesquels les deux partis sont forcés de se séparer sans avoir obtenu une solution.

Les gens de Kong, dont j’ai donné plus haut une évaluation du chiffre d’affaires, feraient promptement augmenter nos transactions, qui en quelques années ne manqueraient pas de se quintupler.

Depuis vingt ans nous n’avons plus de garnison sur la Côte de l’Or ; ce pays est livré à la seule garde de la maison Verdier, qui a réussi non seulement à défendre l’intégrité de nos possessions contre les agissements des puissances étrangères, mais encore à maintenir dans le respect toutes les populations voisines.

Un traitant de la Côte de l’Or. (Photographie de M. Ch. Alluaud)

Si des gens de l’intérieur venaient à nos comptoirs, ils verraient nos magasins, et y trouveraient un grand assortiment de marchandises ne leur donnant que l’embarras du choix. Un bel étalage séduit au moins autant un nègre qu’un blanc et l’engage à acheter bien des objets dont il ne connaissait même pas l’existence, mais dont il a reconnu l’utilité, trouvé l’emploi, ou même entrevu le moyen de s’amuser. Nous ne nous appesantirons pas plus sur l’avantage d’attirer le noir vers nous ; il saute aux yeux que, rendu à nos comptoirs avec ses produits, l’indigène est forcé de nous les vendre au prix que nous voulons bien les lui acheter.

Beaucoup de ces peuples nous seraient certainement reconnaissants de proclamer et de faire respecter la liberté du commerce ; sachant qu’ils peuvent écouler leurs produits, ils en fabriqueraient davantage.

Dans la lagune d’Ébrié, nous avons constaté que, quand les traitants ne vont pas avec des chalands mouiller devant les villages, les indigènes ne viennent pas apporter beaucoup d’huile aux factoreries, le trajet en pirogue étant long, pénible et quelquefois dangereux pour eux.

Les maisons de Grand-Bassam s’en sont bien aperçues, et elles entretiennent des magasins flottants sur plusieurs points de la lagune. Tous les habitants font des affaires. Il n’y a qu’à envoyer des remorqueurs et des récipients vides, ils reviennent toujours avec leurs ponchons pleins.

Ces peuples ne demandent qu’à faire du commerce, c’est à nous d’en profiter et de sortir un peu de notre torpeur.