Les gens de la lagune de Krinjabo travaillent très volontiers dans les plantations de café établies par la maison Verdier.
Les factoreries ont fort peu de personnel européen ; pour les employés subalternes, on a recours aux noirs, qui s’acquittent très bien de toutes les fonctions secondaires.
Les gens de Grand-Bassam, d’Assinie et de Krinjabo sont d’excellents courtiers ; les Kroumen, les Jack-Jack et les Apolloniens sont des piroguiers experts et d’excellents travailleurs, parmi lesquels les factoreries trouvent à recruter des mécaniciens des tonneliers, des menuisiers et jusqu’à des ouvriers assez habiles pour construire, sans être dirigés, des habitations à l’européenne. Avec de tels éléments dans une population, il est difficile de ne pas arriver à la prospérité.
Il nous reste quelques mots à dire sur le pays situé entre Assinie et le cap des Trois-Pointes. Le nom réel de ce pays est Ahua, mais il a été baptisé par les Européens du nom d’Apollonie, parce que, dit un navigateur ancien, on a reconnu que les nègres de cette partie de la Côte sont remarquablement beaux et bien faits. Sans mériter cependant le titre d’Apollons, les habitants de la côte, les Zemma, pour les appeler comme dans le pays, sont mieux faits que les autres noirs ; ils portent plus volontiers la barbe et ont un air plus prospère, plus civilisé que les Kroumen et les Agni.
Ce peuple parle un dialecte agni ; la plupart d’entre eux emploient en outre un mauvais anglais. Ce sont les meilleurs commerçants et traitants de la Côte. Comme leur pays n’est pas bien riche, ils émigrent volontiers dans des régions plus prospères ; on les trouve surtout dans l’Indénié, où ils sont de zélés agents anglais. Je considère le Zemma comme très intelligent et possédant l’esprit d’implantation aussi développé que le Mandé.
L’Ahua ou Apollonie était, au moment de l’occupation française de la Côte de l’Or, un véritable foyer de bandits ; leur chef le plus redoutable s’appelait Kako-Aka ; c’est lui qui se rendit coupable de l’assassinat du lieutenant de Thévenard, commandant d’Assinie, et des laptots qui l’accompagnaient dans une excursion dans la lagune. Fait prisonnier plus tard par les Anglais, Kako-Aka fut conduit en Angleterre et pendu. Ce chef eut pour successeur Asino-Kao, et, depuis, le pouvoir semble être partagé entre le chef de Bayine et celui d’Attarboé, villages situés à proximité d’Axim, où réside un commandant de district anglais. Cette région est tout à fait tranquille actuellement, et les gens du Sanwi n’ont plus que rarement des différends avec leurs voisins zemma de l’Apollonie.
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25 mars. — Aucun bâtiment n’est signalé venant d’Accra ; je trouve le temps horriblement long ; depuis hier, je caresse le désir d’aller faire une excursion dans la lagune : je ne tiens plus en place à la factorerie. Treich partage mon idée et en fait part à M. Bidaud. Comme celui-ci avait justement besoin d’aller surveiller ses agents noirs qui traitent dans la lagune, il s’offrit de nous prendre à son bord.
Le départ sur l’élégant petit vapeur Paul Bert, de la maison Verdier, fut presque une fête pour moi. C’est bien curieux ce que j’éprouvais, mais tout ce que j’avais vu dans mon voyage ne m’avait pas rassasié : je voulais voir encore. Cette exploration me souriait d’autant plus que, telle qu’elle s’organisait, ce n’était plus qu’une charmante excursion avec tout le confort désirable : vivres, pain, vin, café, etc.
Sans énumérer tous les travaux des officiers qui ont fait la reconnaissance de la lagune de 1849 à 1870, il est cependant utile de citer l’exploration du lieutenant de vaisseau Cournet, qui, sur le Guet-n’Dar, s’avança jusqu’au fond de la lagune, vers le Lahou. Il était accompagné de MM. Boullay, commandant du poste de Grand-Bassam, Leydet, chirurgien-major, et de deux négociants, MM. Audric et Lartigue. C’est en commémoration de ce voyage que les principales îles de la lagune ont été baptisées[60] — pour l’époque, c’était une véritable exploration.