Derrière le poste, on voit une immense plaine ondulée qui s’étend à perte de vue vers l’intérieur ; la forêt a fait place aux hautes herbes, les bois séculaires aux bouquets d’arbres rabougris ; on se croirait sur les bords désolés de la Volta, dans le pays des Dioummara. Cette immense clairière cesse avant d’arriver à Débrimou ; là recommence le rempart de végétation qui s’étend de l’Anno à la mer. C’est même une des parties de la lagune les plus riches en huile de palme. Au delà de Débrimou et à une journée de marche au nord, se trouve un gros village nommé Acrédiou, qui fait partie de la même confédération et parle la même langue que les gens de Dabou ; c’est le même dialecte que celui dont on se sert dans l’Abidji (district au nord de l’Adjessi) et dans plusieurs confédérations du Baoulé.

De Débrimou et d’Acrédiou partent des chemins se dirigeant par la vallée de l’Isi vers l’intérieur (le Baoulé et le Kouroudougou). Dabou est en relations avec Tiassalé (village du Lahou) par un chemin qui traverse le territoire de Bouboury et de Toupa.

Entre la rivière Ascension et Dabou, la lagune reçoit la rivière Agniby ou Isi, ou Baoulé. Cette rivière prend sa source par 9° 30′ de latitude nord, coule du nord au sud et arrose le pays des Pallaga, le Tagouano, le Baoulé ; pendant son cours supérieur, elle prend le nom de Nji et d’Isi ; elle reçoit un important affluent de gauche, le Ndo, qui arrose le Diammara, et au nord de Dabou on lui connaît un affluent de droite que les indigènes nomment Biéchai.

La rivière Isi a un cours d’environ 400 kilomètres ; elle subit une crue considérable en hivernage, ce qui rend son cours torrentueux ; en temps ordinaire, son embouchure est presque barrée et ne laisse de chenal que pour les petites embarcations et les pirogues. Les indigènes de Dabou m’ont affirmé qu’elle était navigable, mais que son cours moyen était obstrué par les herbes. A plusieurs reprises, paraît-il, des Européens auraient essayé de la remonter en embarcation, mais ils ont toujours dû y renoncer à cause de l’emploi de l’aviron, qui en s’empêtrant dans la végétation finissait par faire renoncer à pousser plus loin les investigations de nos compatriotes.

Entre Dabou et la rivière Bandamma ou Lahou est située la région des Bouboury ; elle comprend trois confédérations de race à peu près semblable, parlant une même langue, et qui se sont groupées autour des trois plus grands villages du pays. Ce sont Bouboury, Toupa et Tiakba. Ces districts, comme je l’ai dit plus haut, avaient au début de notre occupation, en 1843, la réputation d’être anthropophages.

Nos traitants y vont faire du commerce. Il y a toujours des chalands ou des goélettes de mouillés à Tiakba et à Toupa, et il n’arrive jamais rien de fâcheux à nos protégés. D’après les gens que j’ai interrogés, si cette coutume a existé, il est avéré que, depuis bien longtemps, on n’a pas entendu parler de scènes de cannibalisme.

Les anses de Bouboury reçoivent quantité de petits cours d’eau, dont cinq d’entre eux paraissent être assez importants, puisque les indigènes m’ont signalé qu’on les traversait à gué et en pirogue pour se rendre de Dabou à Tiassalé sur le Bandamma ou rivière Lahou.

La plus importante d’entre elles est la rivière Sira ou Ira, ou de Cosroë, qui se déverse dans la baie de Tiakba. La région des Bouboury est limitée à l’ouest par la rivière Bandamma ou Lahou, qui prend sa source entre Dioumanténé et Oumalokho. Au point où je l’ai traversée, dans ma route sur Niélé, elle avait 2 mètres de largeur et coulait dans un lit profondément encaissé. Elle arrose le Tagouano, le Kouroudougou, le Baoulé, le Souamlé et l’Adou. Dans le Kouroudougou, en hivernage, elle est difficilement guéable, et son cours serait navigable en pirogue sur un long parcours. Le Bandamma n’a été remonté que jusqu’à Tiassalé, gros village de race agni, situé à une quarantaine de milles à l’intérieur, et point de départ d’une route fréquentée vers l’intérieur. Elle se jette dans la mer par une embouchure très étroite et reçoit à droite les eaux de la lagune Lozo. La mer brise sur son embouchure avec une telle violence qu’il est impossible de la franchir en canot. Les pirogues des gens d’Afé (grand Lahou) et de Brafé, rive gauche, chavirent fort souvent aussi en la traversant.

Aujourd’hui on ne sait pas encore si le Bandamma ou Lahou ne communique pas avec la lagune Ébrié ; des marigots, amorcés de part et d’autre sur la lagune et sur la rive gauche du Lahou, laissent supposer que, si la communication existe, personne ne l’a jamais explorée.

La configuration de la lagune s’est tant soit peu modifiée depuis une vingtaine d’années ; quelques baies se sont creusées plus profondément, des pointes se sont rognées, de nouvelles criques se sont formées ; j’ai essayé, dans la mesure du possible, de modifier ce qui me paraissait indispensable et de rectifier quelques emplacements de village ; telle que je la donne, ma carte, complétée avec les renseignements fournis par le premier maître commandant le Diamant, sans offrir l’exactitude d’une bonne carte hydrographique, est un document à jour et utile à consulter.