C’est donc dans l’ouverture des voies de pénétration que se trouve le salut du Soudan, c’est par elles seulement que nous trouverons aussi les compensations commerciales aux sacrifices que nous nous sommes imposés.
Le commerce, que nous considérons comme un des plus puissants auxiliaires de la civilisation, n’a encore effleuré que les bords de ce vaste continent ; il faut lui permettre d’y pénétrer jusqu’au cœur.
Le Sénégal d’une part, les Rivières du Sud d’autre part, se livrent à d’actives transactions, mais une simple inspection de la carte des régions qui nous occupent montre que presque toute la boucle intérieure du Niger occupe une position trop excentrique par rapport à ces deux bases d’opérations commerciales. Les régions que nous avons visitées ont un champ d’action commercial qui leur est propre ; le chemin le plus court qui mène au cœur de ces riches possessions ne part ni du Sénégal, ni des Rivières du Sud, mais bien de la Côte de l’Or.
La voie commerciale la plus importante de nos nouvelles possessions est jalonnée par le Comoë, Kong, Bobo-Dioulasou et Djenné, et pour y accéder les voies les plus rationnelles ont leur origine au golfe de Guinée.
C’est sur cette côte, qui du Cavally au Comoë a un développement de 600 kilomètres, que se trouve la base d’opérations commerciales sur laquelle notre commerce devra s’établir, c’est là qu’il récoltera de suite les fruits des sacrifices qu’il s’imposera.
L’examen des recettes douanières et l’excédent des recettes de la Côte de l’Or suffisent à faire ressortir la prospérité de nos possessions du littoral du golfe de Guinée et les espérances que nous sommes en droit de fonder sur elles.
Comment en serait-il autrement ?
De la côte au Djimini, sur une profondeur de plus de 300 kilomètres, s’étend une forêt vierge renfermant de riches essences, bois de menuiserie, de charpente, d’ébénisterie de couleur, tinctoriaux, fibreux. Cette grande forêt se prolonge le long de tout le littoral ; elle a une superficie de 180000 kilomètres carrés, le tiers de la France.
Les indigènes y exploitent le caoutchouc, l’huile de palme et d’autres graisses végétales. Ils y cultivent l’arbre à kolas, et l’ananas y pousse à l’état spontané. On y trouve du miel, de la cire. Les singes y fournissent de la pelleterie très recherchée.
Enfin partout, sous cette puissante végétation, les indigènes exploitent le sous-sol. L’or est très abondant ; il y a des gisements aurifères exploités par les indigènes dans tout le bassin du Comoë et de la Volta.