Voilà ce qu’est notre domaine colonial du Soudan occidental. Il nous reste maintenant à examiner si l’État seul peut mener à bien la pénétration et exploiter, pour le mieux des intérêts de nos nationaux, ces immenses et riches régions.
Nous ne le pensons pas.
L’État ne peut pas exploiter directement à l’aide de ses propres agents, il lui faut des auxiliaires, et sans l’initiative privée nos colonies ne seront rien.
Est-il bien nécessaire que l’État s’immisce jusque dans les moindres détails dans l’administration des colonies naissantes ?
Nous pensons que l’intervention directe de l’État sera toujours funeste. Bien avant l’établissement de nos nationaux, la colonie naissante sera bondée de services administratifs, judiciaires, pénitentiaires, militaires, etc. ; l’initiative privée ne pourra plus construire une factorerie, un appontement, créer un chemin, couper du bois, sans que les représentants du gouvernement interviennent.
La colonisation sera entravée, enserrée par les règlements administratifs. Le commerce renoncera à se fixer dans nos colonies et préférera s’établir à l’étranger et travailler sous la tutelle des Anglais ou des Allemands.
Est-ce à dire que l’État ne peut et ne doive intervenir ? Si. Mais son action doit s’exercer autrement. Il doit chercher à favoriser l’établissement de nos nationaux dans nos colonies par tous les moyens.
Pourquoi ne pas concéder l’exploitation de notre colonie de la Côte de l’Or à des sociétés particulières ou à des concessionnaires isolés, sous certaines garanties ?
L’État y aurait tout à gagner, sans de lourdes charges pour son budget ; il aurait ainsi une colonie prospère, dont les revenus seraient de beaucoup supérieurs aux dépenses.
Point n’est besoin de revenir absolument aux grandes compagnies ; on pourrait y apporter le tempérament nécessaire à nos nouvelles institutions.