Le marché quotidien se tient à Fang-ana. C’est un marché à condiments, niomies, tabac, etc. ; on y trouve aussi à acheter à un prix élevé de la viande de bœuf, tous les deux ou trois jours. Le grand marché se tient tous les trois jours à Bokodouré, sous un splendide banian ; on y trouve, outre les choses essentielles à la vie, du coton, de l’indigo, de l’étoffe de couleur fabriquée ici, et quelquefois des vêtements confectionnés, boubous, bonnets, etc. Somme toute, Oual-Oualé n’est pas dépourvu de ressources et les vivres n’y sont pas hors de prix. J’y dépensais environ 2500 cauries par jour, pour la nourriture de mes hommes et de mes animaux, en donnant de temps à autre un repas de viande à mes indigènes. L’igname, étant la base de la nourriture, ne se vend pas cher : quatre ou cinq belles ignames coûtent 100 cauries, les œufs de 10 à 20 cauries, et la volaille 400 à 500 cauries pièce. Sur le grand marché on apporte souvent des environs quelques marmites de dolo ; cette boisson est bien moins bonne que celle qu’on fabrique dans le Mossi ; elle est mal filtrée et tient toutes sortes de matières en suspens, ce qui ne la rend pas précisément appétissante. S’il y a peu de dolo à Oual-Oualé, il y a beaucoup de mil germé ; les musulmans et les idolâtres s’en servent pour préparer le bakha, sorte de bouillie peu épaisse, consommée toujours le matin de bonne heure. C’est un des seuls mets que les indigènes mangent à l’aide d’une cuiller. Sans être nourrissante, cette préparation est saine, surtout quand il entre dans sa composition du piment et du tamarin.
Sous le banian.
A Oual-Oualé on mange beaucoup un tubercule nommé bouré en dagomsa ; il ressemble, à s’y méprendre, à la pomme de terre nouvelle de moyenne grandeur. C’est le Tacca involucrata. Réduit en granules et cuit au jus de viande, ce fruit est mangeable ; mieux préparé, il serait peut-être très bon. Son goût est assez difficile à définir ; je lui ai cependant trouvé de l’analogie avec l’orge perlé, dont il a le gluant. Cette racine n’est pas cultivée, elle croît parmi les herbes dans la brousse. Un jour que j’étais allé me promener à Zango, petit village dans le nord-ouest, Alfa Boukary, qui m’accompagnait, m’a fait voir la plante ; j’en donne le croquis à la [page 51.]
La fleur est d’un vert jaune et la graine ressemble à celle de la pomme de terre. Les enfants et les femmes vont déterrer cette racine, qui n’est réputée comestible que lorsqu’elle ne se compose que d’un tubercule par pied. Il faut laver beaucoup ces tubercules avant de les cuire, sans cela ils sont indigestes ou même vénéneux. J’avais déjà vu cette plante aux environs de Médine, en me promenant, mais j’ignorais qu’elle était bonne à manger, je crois même que les Kassonké eux-mêmes ne la récoltent pas, mais ils en connaissent le nom et l’appellent sanga-tamba.
On vendait aussi sur le marché un petit tubercule noir, allongé, sorte d’igname minuscule. En mandé, on le nomme ousou-fing (patate noire). C’est probablement le tubercule aérien du Dioscorea bulbifera....
Le commerce et l’industrie dans le Mampoursi est entre les mains des Dagomba, des Mandé et de quelques Haoussa. Les autochtones, ou plutôt ceux que je considère comme tels, s’occupent de culture et un peu d’élevage de bétail.
La teinturerie est représentée par vingt et un puits à indigo en activité, et le tissage par une cinquantaine de métiers seulement, répartis par tout le village, mais dont le nombre est plus considérable en saison sèche. Cette population a été assez intelligente pour abandonner la fabrication peu rémunératrice du vulgaire koyo blanc, pour se livrer au tissage de cotonnades rayées bleu et blanc, de divers dessins, rouge et blanc et rouge blanc et bleu, qui rapportent beaucoup plus. Ces étoffes ne peuvent malheureusement être livrées qu’à un prix très élevé ; il leur est impossible de soutenir la lutte avec les tissus de provenance du Haoussa, ni avec ceux de Kong.
Ainsi le to pakhé, étoffe bleu et blanc ou blanc et rouge, n’est livré ici qu’à raison de 2000 cauries le mètre carré, tandis que Kong fournit le même genre, mais plus lourd, à 1500 cauries. Le siriféba, couverture de Kong, bleu et blanc, bordé d’un galon en coton blanc, orné de longues franges et d’une largeur de 1 m. 80 sur 2 m. 50, vient jusqu’ici par Salaga, et se vend facilement de 12000 à 15000 cauries, tandis qu’à Kong elle en vaut 6000 seulement ; les Dagomba n’ont malheureusement aucun article à lui opposer.
Les autres dessins de bleu de diverses nuances avec quelques filets de coton rouge (coton rouge de provenance européenne) reviennent ici à 4000 cauries le mètre carré. C’est le même prix que les beaux el-harotaff de Kong, qui sont supérieurs en dessin, en qualité, et qui ne contiennent presque exclusivement que des fils venant d’Europe.