« L’une des sina, la plus jolie, était jalouse de l’autre, préférée par le mari pour ses qualités de bonne ménagère, de femme d’ordre et d’excellente mère de famille.
« Depuis longtemps la plus jolie cherchait à se venger de la favorite, lorsque l’occasion s’en présenta fortuitement dans les circonstances suivantes.
« L’époque des semailles du riz étant arrivée, la préférée, atteinte d’une maladie d’yeux, pria la plus jolie de trier son riz et de veiller aux semailles.
« — Avec plaisir », répondit-elle. Elle emporta le riz, le pila de façon à le réduire en farine, puis elle le sema elle-même dans le champ de la favorite, se disant en elle-même : « Me voilà vengée ; le riz ne lèvera pas, notre maître[14] sera furieux contre elle, je n’aurai qu’à en bénéficier. »
« Mais Dieu ne voulut pas laisser s’accomplir cette vilaine action et fit venir une variété de mil très blanc, d’une qualité supérieure, auquel les captifs, qui étaient au courant de la chose, donnèrent le nom de sina goué malo[15].
« La légende ajoute que le mari, pour punir sa femme, la fit vendre à des Maures, pour qu’elle ne revînt plus jamais dans le pays. »
Le 18 août, on célébra à Oual-Oualé la grande fête, ou fête du sacrifice des moutons, dite العيد الكبير ce qui me donna l’occasion de voir le luxe déployé par les musulmans du village. Le costume des hommes rappelle assez celui des Mandé de Kong, mais il y a moins de grandes coussabes et peu de burnous. On porte beaucoup la coussabe à taille du Mossi. L’imam seul et quelques musulmans aisés étaient vêtus de la belle coussabe blanche du Haoussa, dite zangousso.
Ce vêtement est confectionné en bandelettes de 5 centimètres de largeur et brodé en lomas avec de la soie blanche ; c’est le linge le plus fin que j’aie vu jusqu’à présent ; il coûte de 30000 à 50000 cauries, suivant qu’il est doublé ou non.
A l’occasion de la fête, plusieurs musulmans, sans que je les connusse, m’envoyèrent des mets tout préparés. Je dois du reste dire à la louange de Oual-Oualé que sa population est très hospitalière, bienveillante et fort polie. Pendant ma maladie, des musulmans envoyèrent prendre dans les villages aux environs du lait et des œufs pour me les offrir ; la femme de mon diatigué eut la complaisance d’envoyer une captive jusqu’à Gambakha pour m’acheter du beurre frais ; lorsque je sortais, hommes et femmes s’accroupissaient sur mon passage pour me saluer, comme l’ordonne la bienséance ici.
Oual-Oualé est construit dans une petite dépression où coule un ruisseau qui en cette saison a son écoulement vers l’est-sud-est, mais en saison sèche il ne forme que quelques amas d’eau stagnante dont l’absorption immodérée donne la filaire de Médine. Comme les villages mossi, Oual-Oualé se compose d’une série de petits villages plus ou moins espacés, que les habitants ont réunis pour la dénomination en trois groupes principaux : celui de l’ouest se nomme Tampouloung-o, celui de l’est Fang-ana (c’est là que résident l’imam et les Dagomba) ; et enfin celui du sud Bokodouré, qui signifie « de l’autre côté du marigot ». Ce groupe est habité principalement par les Mandé, Sissé, Diabakhaté, Kamara, Traouré et quelques familles haoussa.