Enfin, chez tous les peuples fétichistes ou musulmans il existe la coutume suivante :
Dès qu’une femme est enceinte, son mari n’a plus aucun rapport avec elle ; il en est de même pendant tout le temps que l’enfant n’est pas sevré.
Comme dans tous ces pays l’enfant n’est sevré que vers l’âge de trois ans, on peut estimer à quatre ans, avec la gestation, le temps où le mari n’a pas de rapports avec sa femme.
Dans ces conditions, le noir prend une autre femme quand il en a les moyens.
Comme une femme ne peut avoir un enfant que tous les quatre ou cinq ans, elle en a rarement plus de cinq, mais il en meurt à peu près la moitié, faute de précautions hygiéniques et pour d’autres raisons trop longues à développer ici ; de sorte que si un homme désire avoir une nombreuse famille, il lui faut prendre un grand nombre de femmes.
Il ne faut pas croire que tous les maris possèdent plusieurs femmes. Non, on en rencontre même beaucoup qui n’en ont qu’une, surtout dans les classes peu aisées.
Les favorisés sont ceux qui, dans une aisance relative, ont eu les moyens d’acheter une seconde ou une troisième femme ou de payer une nouvelle dot à une nouvelle famille.
Les femmes du Soudan, étant donnés les conditions dans lesquelles on les marie et le rôle qu’elles sont appelées à jouer dans le ménage, ne sont pas précisément heureuses ; et cependant, malgré le nombre de rivales avec lesquelles elles sont obligées de vivre, on n’entend pas souvent des discussions s’élever entre elles. La bonne intelligence règne, au moins en apparence, et elles obéissent toujours à la première femme, à la plus ancienne dans le ménage.
A propos de jalousie entre femmes du même mari, on m’a raconté la petite légende suivante, que je ne puis m’empêcher de transcrire :
« Deux sina (femmes d’un même mari) ayant chacune quelques captifs s’occupaient toutes deux des cultures de leur mari momentanément absent.