Les arbres sont moins rabougris par ici ; il semblerait que la végétation va devenir bientôt plus belle. Les cés atteignent une hauteur moyenne, mais ne doivent pas donner de brillantes récoltes. Le terrain est composé de grès ferrugineux et de grès friables dans lequel sont incrustés des galets de diverses variétés. Cette région doit être privée d’eau en saison sèche ; elle ressemble en cela au pays des Dokhosié et des Komono, dont elle a la même latitude. Ce qui surprend, c’est qu’il n’y a ni bambous, ni palmiers par ici ; dans les villages, je n’ai remarqué qu’un seul finsan, quoiqu’il soit commun sous les mêmes latitudes dans les pays de l’ouest ; les mimosées sont aussi excessivement rares.

Je n’ai vu que peu de traces de gibier ; en revanche, il y a beaucoup de grands aigles au plumage blanc et noir nommés ban ou gan en mandé ; ils ont de l’analogie avec l’aigle blanc pêcheur, mais sont beaucoup plus puissants et ont d’autres mœurs.

Zang, comme Sagoué, est un petit village de cent cinquante habitants environ. Son naba dispose de deux fusils et possède un cheval qui n’en porte que le nom, tellement il est laid et difforme.

En arrivant, il me désigne comme logement l’habitation d’un de ses griots. C’est au milieu des tam-tams de tous les modèles et dimensions connus que nous trouvons à nous installer. Je croyais cette sotte profession de griot bannie de toute la région, comme à Oual-Oualé, où l’on a ces instrumentistes en horreur, mais c’est tout simplement parce que là-bas il n’y a pas de naba, tandis qu’ici, comme chez tous les peuples en retard, il y a beaucoup de chefs et alors beaucoup de griots.

Dès mon arrivée ici, j’ai eu à constater que la population n’était pas précisément complaisante. Ayant demandé à acheter des ignames et du mil pour mes animaux, on me fit d’abord répondre que le village était sans ressources ; puis, peu à peu, on m’apporta ce que je demandais, mais en me le faisant payer le triple de sa valeur. Le naba m’envoya dans la soirée une charge d’ignames et 400 cauries pour m’acheter de la viande et du sel ! Acheter où ? je me le demande. J’abandonnai naturellement les cauries à mon guide et je fis remercier ce généreux chef en lui envoyant un petit cadeau.

J’aurais bien voulu quitter le lendemain ce village inhospitalier ; malheureusement j’étais arrivé ici avec deux ânes mourants et deux autres hors de service. Je ne pouvais songer à me remettre en route dans ces conditions ; il me fallut bon gré mal gré laisser reposer mes autres animaux sous peine de les perdre dans une future étape.

Voyant mon embarras, le chef me proposa bien de me vendre un âne (le seul du village) ; mais comme, au plus bas mot, il ne voulait s’en défaire que pour la modique somme de 125000 cauries, je renonçai à conclure ce marché et me décidai à rester ici trois ou quatre jours.

Non seulement ces Dagomba, pour la plupart fétichistes, ne sont pas complaisants, mais encore ils sont peu sociables. Il ne s’est pas passé un jour sans que les gars du villages vinssent chercher noise aux âniers pour les pâturages. Le dernier jour, la querelle se changea en rixe qui menaçait de mal tourner, les hommes du village étant venus avec des haches et des pioches à défaut d’autres armes. Mes hommes, de leur côté, avaient pris les trois fusils ; j’arrivai juste à temps pour mettre le holà. Deux musulmans raisonnables ayant de leur côté prêché raison, cette scène se termina par une distribution de horions reçus de part et d’autres, et n’eut pas de suites fâcheuses.

Samedi 29 septembre. — Mes ânes, quoique un peu remis, ne se trouvaient pas dans un brillant état : deux d’entre eux étant morts, il ne m’en restait que cinq en état de porter.

Dans le chemin que je suis, les villages sont éloignés de plus de 20 kilomètres les uns des autres ; ce sont des étapes trop longues pour des animaux fatigués ; je dois donc, à mon grand regret, abandonner le chemin suivi précédemment. Je cherche à faire le plus de sud possible, afin de gagner au plus vite la route de Yendi à Salaga, où les étapes sont plus courtes et les lieux habités plus nombreux. Je me dirige à cet effet sur Pabia et m’arrête à Feullé. La route est bonne : trois kilomètres avant d’arriver au village, on traverse un torrent impétueux, mais peu profond ; il est l’origine de la rivière de Palari, premier affluent sérieux de la rivière Dako ou Probondi (cette rivière a son confluent avec la Volta (fleuve principal) en aval de Tamkrankou (route de Salaga à Krakye).