L’assistance était nombreuse. Le naba, vêtu simplement mais sans luxe, était assis sur un siège un peu élevé. Après m’avoir fait souhaiter la bienvenue, il me dit que, selon mon désir, il me ferait conduire par Patenga à Salaga.

Le naba de Karaga me paraît jouir d’une certaine influence dans la région. Quoique son pays fasse partie du Dagomba de Yendi, il occupe une position un peu indépendante, fait la guerre pour son propre compte et semble se soucier fort peu du naba de Yendi. Il n’a pas peu contribué au succès de Gandiari en marchant de concert avec lui et les gens de Daboya contre quelques villages gourounga. Lorsqu’il s’est retiré avec les gens de Daboya, la fortune de Gandiari était faite, quantité de gens préférant au commerce de kolas le pillage et la chasse aux esclaves, beaucoup plus rémunératrice. Ces aventuriers restèrent auprès de lui et constituèrent le noyau des bandes qui ravagent encore la région.

22 septembre. — En quittant Karaga on traverse successivement deux petits villages de culture appartenant au naba, puis d’eux tanga dépendant de Karaga, mais dont je n’ai pu apprendre le nom. Dans l’un deux, il y a une dizaine de puits à indigo et quelques métiers à tisser en activité. Les cultures de ces tanga sont aussi très variées : outre les calebasses, l’indigo et le piment, il y a quelques belles cotonnières. Pendant cette étape, on traverse huit ruisseaux affluents de la Volta Blanche, rivière Nâbo et autres. Leur passage est très facile, ils sont peu importants et tous à fond de roche, schiste marneux ou grès friable ; leur origine doit se trouver à peine à quelques kilomètres dans l’est sur la ligne de partage des eaux.

Il est évident que c’est sur la ligne de partage des eaux que les indigènes auraient dû frayer leur chemin ; il aurait été plus long, mais au moins praticable en toute saison ; mais le noir ne réfléchit pas, et l’absence de villages a dû le rebuter : le gîte pour lui est tout. Quoique à flanc de coteau, ce chemin est encore en partie inondé ; les animaux n’arrivent à Patenga qu’à trois heures et demie de l’après-midi.

Le naba est frère cadet du naba de Karaga. Il m’envoie, dès mon arrivée, quelques ignames et me fait dire qu’il me recevra vers cinq heures.

Le naba, qui a une physionomie tout à fait intelligente mais très rude, me reçut devant sa case. Dès mon arrivée il commença par me rudoyer et me parler d’un ton très autoritaire ; il me dit qu’il me fallait remporter mon cadeau pour venir le lui offrir dans la matinée du lendemain. Avec ménagements, j’expliquai à ce potentat noir qu’il parlait à un Européen, qui partout où il passe a droit à des égards, et, pour terminer, je lui signifiai que, parti depuis longtemps de ma patrie, je ne pouvais, pour une raison futile, remettre de jour en jour mon départ ; j’étais donc décidé à partir le lendemain. Loin de se fâcher, il me tendit la main en signe de conciliation et offrit de mettre également à ma disposition un guide, comme l’avait fait son frère de Karaga.

Visite au naba de Karaga.

Dimanche 23 septembre. — A Patenga on quitte la route se dirigeant sur Yendi pour prendre un sentier faisant du sud-ouest dès la sortie de Sampiémo, petit village situé à 3 km. 500 de Patenga. Ce sentier est passable jusqu’aux approches de Sagoué ; mais avant d’entrer dans ce village il faut traverser un petit ruisseau qui a transformé la plaine en marais sur une profondeur de plus de 500 mètres. Ce passage est tellement difficile en cette saison, que non seulement tous les ânes, mais encore leurs conducteurs, sont tombés dans les flaques d’eau. En arrivant au village, après une journée déjà fatigante, il fallut ouvrir tous les bagages pour faire sécher les marchandises complètement mouillées et encore s’en occuper pendant la nuit en les plaçant auprès des feux.

Lundi 24 septembre. — Cette étape est un peu plus longue que la précédente ; il est malheureusement difficile de la scinder en deux. Le sentier est privé de villages et les endroits où il y a de l’eau sont impossibles. C’est en vain que je cherchai un campement ; on ne trouve d’endroit sec un peu élevé que lorsqu’on arrive près de Zang : là le terrain se relève, on suit même pendant quelques kilomètres la ligne de faîte de cette région de collines. A plusieurs reprises nous coupons de petites ravines se dirigeant alternativement vers l’est ou vers l’ouest.