Dans l’après-midi nous atteignons Karaga ; l’imam m’installe chez un de ses élèves, non loin de sa propre demeure.

Je dus m’arrêter un jour à Karaga, autant pour laisser reposer mes animaux que pour prendre discrètement des renseignements sur l’itinéraire suivi par l’explorateur venu à Gambakha. Mon hôte était très communicatif : il m’apprit de suite que j’étais le second Européen qui venait à Karaga et que von François, mon prédécesseur, était venu de Yendi par Patenga, et avait fait retour par le même chemin. Je sus aussi que trois autres chemins partant de Ga se dirigent sur Salaga et rejoignent, à une ou deux journées de marche au nord de Salaga, soit l’itinéraire Oual-Oualé, Savelougou, Yendi, soit l’itinéraire Yendi, Salaga. Un quatrième chemin partant de Patenga rejoint l’itinéraire Yendi à Zankoum ou Dokonkadé. Je me décidai pour ce dernier, qui devait être le moins inondé, car je le supposai le moins éloigné de la ligne de partage entre les eaux des affluents de la Volta Blanche et celles des affluents de la rivière Dako ou Probondi.

L’imam de Karaga me reçut fort bien et se chargea de me faire obtenir du naba la permission de prendre le chemin dont j’avais fait choix, et de me faire donner un guide pour m’accompagner jusqu’à Salaga ou au moins pendant trois ou quatre jours de marche.

Karaga est un village presque aussi gros que Oual-Oualé. La majeure partie de la population est musulmane, mais il n’y a pas de mosquée ; du reste, dans toute cette région on ne m’a signalé de mosquée qu’à Yendi et à Kompongou.

L’industrie de Karaga est, comme un peu partout, réprésentée par la teinture et le tissage de deux spécialités :

1o Une cotonnade blanche rayée en travers de filets de coton rouge, dont le prix du mètre carré s’élève à environ 1500 à 1800 cauries.

2o Une cotonnade toute blanche, très fine, presque aussi fine que celle fournie par les Haoussa. Le prix du mètre carré est de 1000 cauries environ. La largeur des bandes varie, comme partout, de 9 à 12 centimètres.

Le commerce est le même à peu près qu’à Oual-Oualé. Karaga est cependant tributaire de ce dernier village pour le taro, cotonnade blanche ordinaire, et les animaux de boucherie, les Mossi ne dépassant Oual-Oualé que pour se rendre alors à Salaga. D’autre part, Karaga fournit des kolas et du sel soit aux gens de Gambakha, soit à ceux de Oual-Oualé, quand ces deux articles leur font défaut.

On élève aussi un peu de bétail ici. Les bœufs sont en assez bon état ; quant aux moutons, la race est tout à fait dégénérée ; un beau mouton de Karaga ne peut pas donner plus de 4 à 5 kilos de viande.

Je rendis visite au naba dans la matinée ; il me reçut dans une case ronde à deux entrées, dite boulou, de dimensions extraordinaires et plus grande que les cases élevées dans certains villages de la rive droite du Niger pour y recevoir Samory lors de son passage. Ce boulou avait 12 mètres de diamètre.