A 500 mètres de la rivière on quitte le chemin de Savelougou pour prendre un sentier moins large qui a une direction presque Est. Il longe à peu de distance la rivière. De temps en temps on aperçoit sur la gauche de grands amas d’eau qui sont en communication avec la rivière.

Le sol, constitué d’argile recouverte d’agglomérés de roche ferrugineuse, est tout à fait imperméable ; le sentier, damé par les piétons en saison sèche, est praticable quoique couvert partout de 10 à 15 centimètres d’eau ; mais dès qu’on s’en écarte pour une raison quelconque, on glisse ou s’embourbe. De la rivière à Niombong-o, on voyage dans une mer de hautes herbes desquelles émerge de temps à autre la cime de quelque gardénia sauvage ou de cé rabougri ; on fait environ 2 kilomètres à l’heure ; c’est dans ces conditions que l’on débouche brusquement dans un lieu plus favorisé par la nature, au milieu duquel s’élève le petit village de Niombong-o. Jamais personne ne supposerait l’existence d’un lieu habité par ici.

Marche dans la prairie inondée de Louaré.

Il est deux heures de l’après-midi quand nous arrivons ; les trente cases qui composent le village semblent désertes ; par cette chaleur, pas une poule ne circule autour des cases. Si quelques pieds de gombo et quelques lianes de giraumont grimpant sur les toits des cases ne trahissaient la présence de l’homme, on se croirait dans un village abandonné. Il y règne un silence de mort, on n’entend même pas le gazouillement des oiseaux ou le cri de quelque toucan ou de quelque tourterelle égarée ; cela me rappelle les villages de Samory sur la route du Baoulé à Sikasso ; il ne manque que les cadavres dans les cases.

Mon guide m’installe dans le premier boulou que nous rencontrons, et bientôt après deux ou trois grandes personnes et quelques enfants arrivent des champs et viennent un peu égayer et rendre la vie à ce lieu déshérité.

Mes hommes ont capturé, en route, une iguane terrestre grise dite koûto en mandé, et une petite tortue de terre à carapace à charnière, nommée kouta. Tout joyeux, ils m’apportent ces deux animaux en me disant que c’est de très bon augure. « Notre chemin sera bon », se répètent-ils à l’envi. Quant à moi, je suis loin de partager leur enthousiasme, je vois le moment où je ne pourrai plus continuer ma route : les chevaux et les ânes ne peuvent longtemps supporter de telles fatigues. Avec des animaux robustes, au début d’une exploration, le voyage pendant la saison des pluies est à préconiser ; c’est en effet pendant l’hivernage seulement que l’on peut juger de la richesse d’un pays et le voir dans toute sa splendeur, avec tout le luxe de sa végétation. Mais quand on a des animaux éreintés et que soi-même on est fatigué, les voyages en hivernage sont excessivement pénibles.

19 septembre. — Les cultures de Niombong-o s’étendent vers l’est, sur une profondeur de 500 mètres ; elles sont dans un état splendide ; les arachides surtout sont d’une grosseur extraordinaire, ce qui me fait supposer que les cultures ont à peine deux ans d’existence. Le chemin, tout en étant moins noyé que dans l’étape précédente, est dans un état tel que ce n’est qu’après de grandes fatigues que nous atteignons Pizzoukhou, après avoir traversé l’ancien emplacement d’un village. Je suis bien accueilli, quelques Dagomba et le chef m’offrent des ignames et un poulet. La population est polie et très serviable.

20 septembre. — La route, en quittant Pizzoukhou, se dirige vers le sud-est. Quoique le terrain se relève un peu de temps à autre, on traverse encore de nombreux endroits fangeux et surtout des emplacements inondés qui doivent alimenter la rivière Koualzi. Trois petits villages, Zan, Langokho et Ton, se distinguent par leurs cultures soignées et surtout variées ; on aperçoit, à côté de beaux sorghos, des calebasses, des piments, du chanvre indigène dit dafou en mandé, des gombo, des arachides, des haricots de plusieurs variétés, un peu d’indigo et du coton dans les sillons des ignamières.

Un Mandé qui m’offrit le bombo à Zan m’apprit que ces tanga[19] sont placés sous l’autorité du naba de Ton, le plus gros des trois villages.