17 septembre. — La population a été sur pied une partie de la nuit à l’occasion d’un tam-tam suivi d’une retraite aux flambeaux. Enfants et grandes personnes, munis de torches en paille, ont parcouru les rues et sont allés ensuite achever de brûler leurs torches sous les arbres aux abords du village. On voyait des centaines de feux errer en désordre par les champs ; ils s’arrêtaient, puis reprenaient leur course, éclairant d’une lueur terne des groupes de faces noires et de torses nus : sous prétexte que l’on pourrait brûler ses effets, hommes, femmes, enfants, circulaient tout nus.
Le son du tam-tam et d’un ou deux boudofo (corne de dagué) achevaient de donner à cette scène un caractère étrange.
Comme le tam-tam avait résonné presque toute la nuit, le matin tout le monde était engourdi ; aussi mon départ de Oual-Oualé n’eut pas lieu de bonne heure. Ce fut au milieu d’une nombreuse affluence de curieux et d’amis que le vieil imam Seydou Touré me recommanda à son captif qui devait m’accompagner jusqu’à Karaga. Le brave vieillard s’était mis en grande tenue pour me faire ses adieux. Sur la place du petit marché, après une courte prière récitée pour nous, il prit congé, me souhaitant bon retour vers ma patrie.
CHAPITRE XI
Départ de Oual-Oualé. — Voyage dans des terrains inondés. — Karaga. — Incidents de voyage, difficultés causées par les pluies. — Arrivée à Pabia. — Les Dagomba. — Passage de la rivière de Palari. — Entrée dans le Gondja. — Dokonkadé. — Arrivée à Salaga. — Les pèlerins de la Mecque. — Bakary, mon hôte. — Position de Salaga. — Les habitations. — Les quartiers de la ville. — Le marché. — Le commerce d’eau et de bois. — Articles d’importation et d’exportation. — Valeur de l’or et de l’argent. — Nouvelles de Kong. — Je communique avec la Côte des Esclaves. — Renseignements sur le cours du Comoë. — Les Ligouy. — Arrivée de quelques caravanes de Haoussa. — Les mulets du Haoussa.
De Oual-Oualé trois chemins conduisent à Karaga. Celui de l’est, le plus long, passe à Gambakha ; celui du centre, le plus direct, passe à Porogo ; mais, le service du batelage n’y étant pas assuré et le terrain absolument inondé, on me conseilla de prendre le chemin de Savelougou. Jusqu’à Nasian, ce chemin, quoique plus long que le précédent, est celui où il y a le moins d’eau à cette époque. El-Hédi voulut m’accompagner, il ne me quitta qu’en arrivant au petit village de Louaré. Au delà du marigot de Louaré, qu’on ne peut traverser qu’en déchargeant les animaux, le sentier n’est plus qu’un ruisseau et la campagne environnante est complètement couverte d’eau ; la marche y est extrêmement pénible, aussi n’atteignons-nous Nasian que dans l’après-midi. A 1 kilomètre au sud du village coule la rivière que nous avons à traverser demain et qui sert de limite entre le Mampoursi et le Dagomba, placé sous l’autorité du naba de Yendi.
18 septembre. — Ce matin de bonne heure nous sommes réveillés par une violente tornade, la première de cette année ; elle fut accueillie avec joie par tout mon personnel, car c’est un indice certain de la prochaine fin des pluies d’hivernage.
Dès que le temps fut calmé, nous nous acheminâmes vers la rivière dont la veille déjà nous avions reconnu le point de passage. Ce cours d’eau, qui vient de l’est-nord-est, coule dans une plaine dépourvue d’arbres. Ses rives mêmes sont privées de végétation. Actuellement il a environ 75 mètres de largeur, mais son lit n’a que 15 mètres, autant que l’on peut en juger par quelques sommets de buissons semés par-ci par-là au milieu des eaux et qui délimitent assez nettement l’emplacement des berges. Le service du passage est assuré par deux petites pirogues en bon état et très bien travaillées ; elles appartiennent au chef de Nasian, qui fait percevoir, comme partout, des droits payables en cauries. Mes hommes manœuvrant très bien les embarcations indigènes — plusieurs d’entre eux sont des pagayeurs émérites, — ils ont effectué à eux seuls le passage des animaux et des charges. Pour cette raison, le chef de Nasian eut la générosité de ne pas me réclamer de droits de passage ; je fis cependant donner 2000 cauries aux piroguiers comme pourboire.
Sur la rive gauche, une petite ride de terrain d’une dizaine de mètres de largeur seule n’est pas inondée ; elle est couverte de trois lengué (arbre fournissant un bon bois de construction), et permet de recharger les animaux, car au delà le terrain n’est qu’une immense nappe d’eau dissimulée par de hautes herbes. Cet endroit est très difficile à traverser pour les animaux : le terrain, fangeux, est défoncé par de jeunes hippopotames[18] qui viennent y pâturer la nuit.