Pabia est le dernier village dagomba que l’on rencontre dans cette direction, le village suivant faisant déjà politiquement partie du Gondja. En traversant le Dagomba, j’ai été frappé par le caractère de ressemblance qu’offre la population de cette région avec celle du Mampoursi. Je n’hésite pas à leur assigner une étroite parenté. Je pourrais presque dire que les Dagomba et les Mampourga ne font qu’un seul et même peuple. La seule différence que j’aie constatée réside dans le degré de civilisation, les habitants du Dagomba m’ayant paru moins façonnés, moins sociables et de mœurs plus sauvages que leurs frères du Mampoursi. Ainsi, en quittant Karaga, j’ai vu, entre les mains d’hommes et de jeunes gens qui se rendaient dans les cultures, des côtes d’animaux et des omoplates ayant un côté biseauté en forme de tranchant. Ces os affûtés leur servaient de couteaux et de haches. Les arcs dont ils sont armés sont moins bien conditionnés que ceux que j’ai vus jusqu’à présent, moins puissants que ceux des autres peuples ; ils possèdent une corde en boyau qui, une fois mouillée, ne doit plus être tendue et rendre par conséquent l’arme impropre.
A côté de ces armes primitives on voit aussi quelques fusils à silex, tous à un coup, le boucanier femelle de nos Rivières du Sud. Ces armes sont entre les mains de deux ou trois hommes par village, qui chassent, mais doivent le plus souvent ne rien rapporter.
Nulle part je n’ai vu les trophées de cornes dont le noir se plaît toujours à faire parade pour en orner l’entrée principale de sa demeure, ou encore le tronc de quelque arbre remarquable du village ; du reste, comme je l’ai dit plus haut, le pays est peu giboyeux.
En dehors des tatouages que j’ai signalés chez le Mampourga, je n’en ai relevé que deux autres ; ils consistent en petites incisions sur les tempe, descendant jusqu’à hauteur du lobe de l’oreille, et peuvent très bien n’être que des ornements au lieu de marques de tribus ou de familles.
Les femmes sont marquées comme les hommes, ce qui les défigure beaucoup plus que les femmes mampourga ; elles ont en outre presque toutes l’habitude de chiquer. Le tabac en poudre ou en feuilles est placé entre la lèvre inférieure et les dents, comme font beaucoup de Mandé Dioula et surtout les Mossi.
La danse, semblable à celle des Mampourga, est loin d’être gracieuse ; par son originalité elle mérite cependant d’être décrite.
Au son de deux malheureux tam-tams, ne battant même pas en mesure, se forme un cercle, duquel se détachent, des deux points diamétralement opposés, deux danseuses ; elles tournent deux ou trois fois sur elles-mêmes, de façon à se donner un bon élan et à se rencontrer au centre en heurtant le plus violemment possible leur postérieur l’un contre l’autre. Ce choc ne manque pas quelquefois d’être très douloureux, car le plus souvent une des deux coryphées se retire en traînant la jambe et en plaçant la main sur l’endroit meurtri, ce qui ne manque jamais d’exciter l’hilarité de l’assistance et de provoquer un redoublement d’enthousiasme et de claquements de mains en l’honneur du vainqueur de cette joute.
Les villages dagomba, comme ceux du Mampourga et du Mossi, sont disséminés par groupes d’une ou deux familles. Les cases sont les mêmes que celles de ces deux peuples et des Mandé Dioula : cases rondes en terre à toits coniques en paille. L’intérieur est peu ou point aménagé, c’est à peine si l’on y trouve un clou en bois pour y suspendre un objet. Dans celles qui servent de cuisine, il règne le désordre le plus complet, on n’y voit pas de foyers pour la cuisine, ni d’urnes fixées à demeure. Le seul ornement consiste à enguirlander la porte d’entrée d’une mosaïque (?) de fragments de poterie de couleur au sommet de laquelle trône un morceau d’assiette ou de saladier en faïence de provenance européenne. Dans une ou deux cases de naba j’ai relevé des dessins à l’eau de cendres représentant des guerriers à pied et à cheval qui se suivent en file indienne. J’en ai donné [page 67] un facsimilé.
C’est tout ce qu’il y a de plus primitif, comme on le voit : un enfant européen de cinq à six ans fait déjà beaucoup mieux que cela.
L’industrie du Dagomba ne diffère pas de celle que j’ai signalée à Karaga. Je mentionne cependant la confection de quelques chapeaux de paille en deux couleurs, blanc et rouge, fabriqués avec beaucoup d’adresse par les gamins. Ces couvre-chefs sont presque aussi ridicules par leur forme que ceux des Dokhosié. Le bord entre autres, au lieu d’être large, pour préserver du soleil, n’a que 4 à 5 centimètres.