La danse.
Le Dagomba, dans la partie où je l’ai traversé, est un pauvre pays, qui doit être privé d’eau pendant une bonne partie de l’année. A l’exception de l’igname, les cultures sont négligées. Je n’ai vu que deux variétés de sorgho, le blanc et le rouge, et fort peu de mil, qui se réduit à une variété, le sanio. Ce mil, cultivé sur une trop petite échelle, se vend un prix exorbitant, environ 30 centimes le kilo actuellement. Les petites cultures d’indigo, de coton, piments, calebasses, appartiennent pour la plupart aux Haoussa, qui quelquefois joignent à leur profession de teinturier celle de maître d’école. Un ou deux voyages par an à Salaga ou à Kintampo les mettent dans une situation brillante. C’est aussi eux qui s’occupent de la culture et de la préparation du tabac. La variété cultivée par ici a très bon goût à l’odorat, mais ce tabac est trop fort pour être fumé. Une fois préparé et mis en mottes, il paraît noir. Il se vend très cher, environ 1500 cauries le kilo (3 francs). Beaucoup d’indigènes lui préfèrent le tabac du Boussangsi, qui vient ici par Gambakha. Ce tabac est moins fort, d’un beau brun et plus agréable à la pipe. On le vend par morceaux de 100 cauries, pesant environ 50 grammes. Il est tressé en câbles à deux brins.
Les textiles, qui semblent venir très bien ici, ne sont presque pas cultivés ; on voit cependant quelques pieds de dadian disséminés dans les ignames ou en bordure autour de quelque carré de gombo, près des cases.
A Pabia j’ai vu à deux reprises un petit arbuste dans les jardinets. Un Haoussa m’a dit qu’il donnait de très bons haricots, dont il devait m’apporter un échantillon, ce qu’il s’est naturellement bien gardé de faire.
On cultive autour de quelques villages des lots de pourguère, dont on emploie la graine à faire du savon, comme dans certains villages mandé, dans le Ouassoulou par exemple, où on le nomme bakhani safouna.
Ce savon est très apprécié, et on le préfère à celui qu’on extrait du fruit du diala (cailcédra).
J’ai vu également fabriquer du savon à l’aide des noyaux du séné[20] et surtout avec le cé et l’arachide.
Mais partout le savon qui semble le plus prisé est celui qu’on tire du fruit du kobi, grand et bel arbre qui donne un fruit analogue au mangot. Il existe en quantité dans le Yorouba, l’Achanti, le Bondoukou et plus à l’ouest, dans le Ouorocoro et le Ouorodougou. C’est le Carapa guineensis. Dans les Rivières du Sud, on nomme l’huile qu’il fournit touloucouna (graisse empoisonnée).
Les indigènes disent que ce savon renferme un poison suffisamment violent pour faire crever les mouches qui en mangent. Dans la plupart des pays soudanais on s’en enduit le corps pour se garantir des insectes. Je ne sais si réellement il renferme du poison, mais il contient sûrement une grande quantité de potasse. L’écorce du kobi renferme beaucoup de tanin et sert de fébrifuge. La graisse et le savon du kobi sont noires.