Si l’industrie et l’agriculture ne sont pas très prospères, l’élevage du bétail l’est encore moins. Il n’y a presque pas d’animaux. L’espèce bovine est celle du Follona. Le mouton est tout ce qu’il y a de plus malingre ; c’est le même que celui de Karaga. Les chèvres, également rares, sont plus belles et d’une variété qui ne diffère de celles que j’ai vues jusqu’à présent que par la robe ; cette robe est presque toujours grise, et semblable à celle des chèvres dites du Thibet, mais à poil très ras.

La situation peu florissante du Dagomba ne peut être attribuée qu’au caractère apathique de ses habitants. Bien situé pour faire du commerce, ce pays devrait prospérer d’autant plus qu’il est peu soumis aux vicissitudes de la guerre.

Quoique nominalement sous la dépendance du naba de Yendi (un Traouré), le Dagomba est divisé en quantité de petites confédérations, ayant un naba plus ou moins indépendant de Yendi. Les plus puissants de ces chefs sont ceux de Karaga, Savelougou, Kompongou, Gouziékho et Mengo ou Sambou. C’est, à mon avis, le gouvernement qui convient le mieux à ces peuples peu avancés. J’ai toujours vu les noirs plus heureux dans les petits pays que dans les grands États comme ceux de Samory et de Tiéba, qui sont constamment en expédition sur leurs frontières. Pour que dans ces conditions heureuses de gouvernement le Dagomba ne se développe pas plus et soit si peu habité, cela tient évidemment aux causes que j’ai signalées : la pauvreté du sol, le manque d’eau et surtout le caractère engourdi de ses habitants.

J’ajouterai, pour terminer, que le dagomsa tel qu’on l’entend parler par ici semble renfermer bien moins de racines mandé que le mor’. S’il est hors de doute pour moi que le dagomsa et le mor’ appartiennent au groupe de langues dont font partie les idiomes gourounga, bimba et boussanga, il m’est difficile de me prononcer sur la question de savoir de quelle langue mère sont dérivés les dialectes. Est-ce du mor’ ou du dagomsa ? Je suis tenté d’opter pour le dagomsa, qui m’a paru beaucoup plus riche en mots que le mor’, et ne considérer ce dernier que comme un dialecte dérivé du dagomsa, du mandé et du wolof. Si j’en ai plus tard le loisir, j’essayerai d’approfondir cette intéressante question.

Les Dagomba nomment les Mandé : Wangara et Saher’si ; les Mossi : Mosséri ; les Gondja : Sabakhsé ; les Achanti : Kambossi ; les Diammoura : Pantara.

Touloucouna (Carapa guineensis).

Lundi 1er octobre. — Une dizaine de kilomètres seulement séparent Pabia de Palalé ou Palari. C’est le chemin direct de Salaga à Yendi. Je m’attendais à trouver un sentier mieux frayé et beaucoup plus large ; il ne diffère cependant pas en cela du chemin suivi précédemment, et, si l’on ne trouvait une ou deux carcasses d’ânes morts à la peine, on ne se croirait pas sur une grande voie de communication, car il n’existe actuellement aucun mouvement vers Salaga ou Yendi. Depuis notre départ de Oual-Oualé, nous n’avons rencontré que quelques hommes venant de Pabia et se rendant à Gouziékho, au nord de Karaga, pour y acheter du beurre de cé. A Zang, nous avons été dépassés par deux hommes de Salaga venant de Oual-Oualé avec onze moutons.

A quelques centaines de mètres avant d’atteindre Palalé, nous traversons un lieu de campement composé de cinq groupes d’une vingtaine de petits gourbis, au centre desquels des ânes avaient campé. C’est le campement de la dernière caravane de Haoussa qui, venant du sud, se rendait dans le Haoussa, principalement avec des kolas. « Elle est passée ici dans la seconde quinzaine de juillet, me dit mon diatigué de Palalé, et comprenait à peu près 200 personnes, conduisant environ 100 ânes. » Je ne crois pas que ce chiffre soit loin de la vérité, chaque gourbi, quoique très petit, pouvant avoir abrité deux hommes. Mon hôte, du reste, doit être bien informé : c’est lui qui assure avec ses captifs le passage de la rivière. Étant à Oual-Oualé, Alfa Boukary m’a souvent dit que les Haoussa se réunissaient toujours pour ce trajet, surtout quand, pour une raison quelconque, ils devaient passer dans le Boussangsi ou le Gourma, pays qu’on ne peut traverser qu’à la condition d’être assez nombreux et de posséder suffisamment d’armes à feu pour ne pas craindre les exigences des naba.

Palalé ou Palari est le premier village du Gondja ; il ne comprend que vingt-huit cases, abritant trois familles, dont l’une est celle du naba, qui est en même temps passeur de la rivière. C’est chez ce dernier que me conduisit mon guide et que je passai la journée, la pluie m’ayant forcé, à mon grand regret, de remettre le passage au lendemain matin.