En fait de géographie, ils connaissent surtout l’existence de l’empire turc avec sa capitale, Stamboul, Béled-Béni-Israïl (probablement Jérusalem), le Caire, Alexandrie et l’Égypte, qu’il nomme Massara, de Misraïm[21]. Ils connaissent surtout Djedda, le port de la Mecque, puis Médine.
Tout bon musulman possède dans un sachet en cuir l’itinéraire de son pays à la Mecque ; il est sommairement libellé, et comprend des indications dans le genre de celles-ci, que j’ai vues entre les mains de Mahmadou Lamine, ez-Znéin de Ténetou :
« En quittant Sakhala du Ouorodougou, on marche onze jours pour atteindre Kanyenni, dans le Kouroudougou. Après on peut passer à Bânou et dans le Diammara, ou bien par le chemin de Kong, où il y a aussi beaucoup de musulmans », etc.
Ces itinéraires conduisent, en général, par le Haoussa, le Bornou, le Wadaï, le Darfour, le Kordofan à El-Obeïd. La route va ensuite rejoindre le haut Nil à Khartoum, descend sur Berber, puis atteint la mer Rouge à Souakim, où l’on s’embarque pour Djedda.
D’autres itinéraires mènent par Tombouctou et le désert sur Ghadamès, Kairouan et la Tunisie. Les pèlerins mettent, au minimum, sept ans pour effectuer leur voyage aller et retour. Ils ne voyagent pas vite et sont souvent obligés de travailler en route pour se créer des ressources, afin de pouvoir continuer leur voyage.
Certains d’entre eux ne reviennent pas directement ; c’est ainsi que dans les dix pèlerins que j’ai rencontrés sur ma route, un d’entre eux était allé à Mascate et en Perse, d’autres à Malte et en Tunisie, enfin la plupart ont entièrement visité l’Égypte et le Yémen.
Les trois personnages que j’ai cités plus haut s’empressèrent de fournir des explications sur les peuples de l’Europe et surtout sur notre puissance sur terre et sur mer et vinrent apporter un nouveau témoignage à l’appui du dire de quelques gens du Ségou et de Djenné établis ici qui vantaient la bonne qualité de nos marchandises. Parmi tous les peuples noirs qui, par leur commerce, sont en relations avec les comptoirs européens, nous avons la réputation de ne vendre que des tissus de bonne qualité, d’excellente poudre et surtout d’être très loyaux dans nos transactions. Cette réputation est certainement justifiée, car ce n’est pas nous qui fournissons aux nègres l’affreux gin et les mauvaises cotonnades ; les indigènes s’en rendent très bien compte. A Salaga on sait distinguer les poudres et les étoffes de Krinjabo et d’Ago (Porto Novo) de celles d’Akkara (Accra) et de Ga (Christianbourg).
J’eus pour ces raisons d’excellentes relations avec la population de Salaga. Des Haoussa que j’avais rencontré, à Dioulasou, et les gens de Kong établis ici depuis longtemps me firent également bon accueil.
Sur le conseil de Bakary, mon hôte, je rendis visite aux personnes qui jouissent de quelque considération ici, soit par leur piété, soit par leur fortune. Je reçus à cette occasion quelques cadeaux en ignames et en mil et même plusieurs fois de la viande.
Les nombreux Européens qui ont visité Salaga sont loin d’être d’accord entre eux sur la position géographique de cette ville.