Je ne signalerai que les travaux les plus récents pour montrer l’écart sensible qui existe entre eux.
| Carte du Dépôt de la Guerre. — Tirage1882-83 : | |||
| Longitude ouest : 2° 18′ | (méridien de Paris). | Latitude nord : 7° 56′ | environ. |
| Capitaine Lonsdale (anglais) : | |||
| Longitude ouest : 3° 9′ | — | Latitude nord : 8° 10′ | — |
| Missions de Bâle : | |||
| Longitude ouest : 3° 14′ | — | Latitude nord : 8° 25′ | — |
| Enfin mes travaux lui assignent : | |||
| Longitude ouest : 2° 20′ | — | Latitude nord : 8° 51′ 30″ | environ. |
| Bowdich, en 1816, fixe sa longitude à 2° 25′ 14″ouest de Paris. | |||
Si cet écart entre mes travaux et ceux de la carte anglaise du capitaine Lonsdale et des missions de Bâle est si considérable, cela tient à ce que les uns ont copié les erreurs des autres. La carte du docteur Mæhly (mission de Bâle) est postérieure aux travaux anglais. L’Afrique explorée (p. 85) vante l’exactitude des travaux des missionnaires et cite ceux des officiers anglais comme entachés d’erreurs grossières, même près de la côte. Il ne m’appartient pas de juger les uns ni les autres, je me bornerai seulement à constater : 1o que la carte du capitaine Lonsdale est construite de la côte à Koumassi (et peut-être dans d’autres parties aussi) à l’échelle de 1/622222e, tandis que dans la partie Yendi-Salaga je trouve que, pour la distance Pabia-Salaga, ce même officier a employé l’échelle qu’il indique sur sa carte : Scale, 15 miles to 1 inch, ce qui fait presque les 1/100000e, exactement 1/950000e ; 2o que la carte des missionnaires de Bâle est incomplète dans la partie Salaga-Krakye (la seule que je puisse vérifier par renseignements), vu qu’il existe trois chemins également fréquentés pour se rendre de Kroupi à Badjamsou, et que la distance qui sépare Salaga de Krakye, mesurée sur leur carte, ne donne que 88 kilomètres, tandis que les indigènes mettent sept jours pour se rendre de Salaga à Krakye, ce qui, d’après mes calculs, équivaut à 112 kilomètres (moyenne 16 kilomètres par jour). D’après eux, les étapes ne seraient que de 12 kilomètres. Or, pour qui a tant soit peu voyagé avec et chez les noirs, il est incontestable que l’étape est plutôt supérieure à 16 kilomètres. Le capitaine Lonsdale est presque d’accord en cela avec moi : la distance qu’il indique entre ces deux points est de 105 kilomètres.
Salaga.
De ces observations, il résulte qu’il est difficile de s’appuyer actuellement sur un des documents précités et de se prononcer avant que j’aie fait retour à Kong, où mon polygone devra se reformer si mon levé est exact.
Salaga en dagomsa veut dire : boueux, glissant. Si c’est là l’étymologie du nom, elle est bien trouvée, car je n’ai guère vu que Ouolosébougou et Ténetou qui puissent rivaliser pour la malpropreté avec la ville principale des Gondja.
Bâtie très irrégulièrement en quartiers séparés les uns des autres par des terrains vagues parsemés d’excavations pleines d’eau croupie ou par des enclos de culture, Salaga offre au voyageur le triste coup d’œil d’un village presque en ruine. Rien n’est si lamentable que ces cases sans toits et ces pans de mur à demi écroulés. Les ruelles, très étroites, ne sont que des amas d’ordures et d’eaux puantes, et les terrains vagues et petites places servent, pendant la nuit et jusque vers six heures du matin, de latrines aux habitants. Aux abords du petit marché (dit Sokoné lokho) et du grand marché, il est impossible de circuler sans se boucher le nez ; ce serait un mauvais conseil à donner, que celui de faire, en attendant le repas, un tour de promenade à l’un des deux marchés. Heureusement que Dieu a donné aux noirs le douga (urubus charognard), car, sans les travaux de vidange qu’opère cet oiseau, il y a longtemps que les habitants de Salaga seraient décimés par les épidémies.
Les habitations, en général circulaires, en terre, à toit en paille sont celles des Mandé Dioula et des Dagomba. On voit cependant quelques grandes cases rectangulaires, à toits en paille, construites par les Haoussa. Aucune de ces habitations n’a été construite avec le moindre goût, et même neuves elles ne devaient pas offrir beaucoup de confortable. L’orientation de la porte d’entrée a généralement été laissée au hasard et quantité d’entre elles font face à l’est ; de sorte que pendant les orages l’eau entre partout, fait du sol un bourbier et rend la case inhabitable.
Si l’on pénètre dans la case de quelque personnage aisé, on se trouve en présence d’un curieux amalgame d’objets de toute provenance : en dehors du lit, qui consiste en un châssis en fortes tiges de mil, supporté par quatre pierres, pour l’élever au-dessus du sol, et de peaux de bœufs servant de siège aux visiteurs, on aperçoit, rangés sur des barils de poudre vides, des chandeliers en faïence, des bouteilles et des boîtes vides de toute dimension, quelquefois une grande glace fêlée ou à moitié dépolie, de vieilles cartouchières ou gibernes appendues au mur, un fusil à tabatière sans mécanisme, dans un coin des bouteilles de gin pleines et quelques sacs de sel. J’ai même trouvé une pendule qui ne marchait pas et une lanterne à pétrole !