Dans les cases des femmes ce sont des chaudrons en cuivre, des tasses, bols, saladiers, cuvettes, saucières, vases de nuit en faïence à fleurs, — vaisselle de luxe seulement, car on ne s’en sert jamais, n’en connaissant pas l’emploi.
En faisant de l’œil ces perquisitions, j’ai trouvé chez chérif Ibrahim une boîte de 300 grammes de thé qu’il m’a cédée pour 20000 cauries (environ 27 francs), et 1 kil. 500 de sucre portugais que j’ai acheté pour 1500 cauries, puis une ombrelle non recouverte que j’ai achetée 10000 cauries : ce n’est pas la plus mauvaise acquisition, car j’ai trouvé un nègre du Brésil, venu d’Acera avec du cuivre en barres, qui me l’a recouverte avec une solide blouse de roulier que j’ai mise à sa disposition.
Ce Brésilien est fort bien élevé : on voit qu’il a été longtemps au service d’Européens. Comme il n’a rien voulu accepter pour le service qu’il vient de me rendre, je lui ai donné une lime, deux gilets de flanelle, une paire de ciseaux, des aiguilles et du fil, ce qui m’a valu son amitié et tous les jours sa visite ou celle de son fils, qu’il m’envoie pour prendre de mes nouvelles.
Les mosquées sont au nombre de cinq, dont une en ruine. Ce sont des bâtiments carrés ou rectangulaires, de 4 à 5 mètres de côté ; ils ne comportent pas de minarets et menacent ruine. Le croyant qui se hisse sur le toit pour appeler les fidèles à la prière a le mérite de risquer sa vie tous les jours. Celle du quartier de Lampour a ses portes en menuiserie travaillées par des ouvriers achanti et ses diverses parties ajustées à l’européenne avec des clous et des pointes provenant d’Europe. Les habitants vous font voir ces portes comme des chefs-d’œuvre. A les entendre, on croirait avoir affaire à la porte Jean Goujon de l’église Saint-Maclou de Rouen. Un apprenti wolof de quatorze à quinze ans ferait certes mieux que cela en menuiserie.
Salaga est divisé en huit quartiers, portant des noms différents. Le quartier nord, nommé Bémadinn-sou, où je logeais, est habité principalement par des Mandé venus de Sansanné-Mango, du Bondoukou[22] et de Kong. Les quartiers de Kapété, Kaffaba, de Kopépontou et de Lampour sont habités par des Gondja, tandis que ceux du centre, Ouniobopé, Sokoné, Kindi, situés aux abords des marchés, contiennent les étrangers de toutes les nationalités.
Voici le dénombrement de la population de Salaga :
Les Gondja entrent dans la proportion pour quatre dixièmes ;
Les Mandé Dioula de toutes origines, pour deux dixièmes ;
Les Haoussa, pour deux dixièmes ;
Enfin les autres étrangers : Dagomba, Nago du Yorouba et de la Côte, Achanti, Foulbé, gens de Dandawa, Ligouy (triangle Boualé, Bondoukou, Kintampo), Bornou, Barba, Pakhalla de Bouna, et Ton du Bondoukou, etc., pour les deux autres dixièmes.