Il faut aussi compter dans les trois éléments les plus nombreux leurs captifs, tous Gourounga. La population fixe doit être de 3000 habitants environ.
Une mosquée de Salaga.
Ce mélange excessif de la population a fait des habitants de véritables polyglottes. Le gondja et le mandé sont parlés respectivement par ces deux peuples ; mais, quand il s’agit d’adresser la parole à un inconnu, de débattre un marché, de se dire bonjour, c’est toujours dans la belle langue haoussa. J’ai souvent éprouvé un vrai plaisir en entendant converser ensemble deux Haoussa. La bouche recouverte par l’alfouta (lemta), ils parlent doucement et posément, en prononçant toutes les lettres. Le el-hamdou lillahi est plein de charme dans leur bouche.
Je n’ai jamais su par qui l’autorité était exercée à Salaga ; il y a cependant un chef de village qui réside dans le quartier de Kopépontou et qui se fait appeler Salaga Massa ; mais chaque quartier vit sous l’autorité du plus ancien musulman et a son propre imam. Le quartier de Lampour a même un roi, qui prend le titre pompeux de Lampour-massa ou Lampour-éoura. Je crois cependant que Salaga dépend du chef de Pambi ou Kwambi, gros village situé à 4 kilomètres dans le sud-est. Ce chef exerce aussi son autorité sur quelques autres petits villages des environs. Pendant mon séjour, les hommes de Sokoné (quartier du petit marché) s’étant emparés d’un voleur, il fut conduit devant le chef de Pambi. Ce monarque a près de lui trois ou quatre soldats indigènes anglais dont la compagnie est à Kpandou (ou Pantou, comme on prononce ici). Le rôle de ces militaires ne m’a pas paru bien défini. Vêtus d’une veste en loques, d’un pantalon en cotonnade et coiffés d’une sale chéchia, ils rôdent parfois par le marché armés d’une trique, sans cependant se mêler de rien, car la population ne se soucie pas de leur présence : c’est à peine si l’on se doute qu’ils sont soldats.
Le roi de Pambi a pour titre ouroupé, titre qui a dû lui être donné par les Mandé quand jadis ils percevaient un droit de 100 kolas par charge (ouroufié) et a dû lui rester. Les Gondja le nomment Eoura ou Pambi-éoura.
C’est le matin à partir de sept heures qu’il commence à régner une certaine animation par les ruelles de Salaga. C’est l’heure à laquelle les vendeurs vont s’installer au marché. On rencontre successivement des Dagomba porteurs d’un pain conique de beurre de cé de 5 à 6 kilos, de provenance de Gouziékho et de Gambakha ; des individus avec des nattes renfermant un sac qui contient quelques méchantes verroteries, des colporteurs avec un peu de calicot écru sur la tête et un ou deux foulards rouges à la main, des marchands de fusils, des femmes portant du sel et des condiments dans une calebasse où trône majestueusement un petit tabouret.
Puis viennent les marchands d’akoko, le bakha des Mandé (bouillie liquide de mil) ; les vendeuses de to qui répètent à l’infini, en haoussa, le cri de « aroua ndoua é ! » ; les fillettes vendant des kolas et de la viande cuite ; des porteurs de marmites d’ignames cuites à l’eau, saupoudrées de piments et de sel, qui se reconnaissent au cri de : « Sira ma yara yara ! » puis c’est un cavalier se rendant aux cultures monté sur un cheval étique qu’il essaye en vain de faire caracoler. A une heure plus avancée on apporte les ignames des environs — quand il ne pleut pas, — et vers midi les captifs porteurs de charges de bois qu’ils sont allés chercher à 12 ou 15 kilomètres dans la campagne.
Si nous suivons tous ces gens-là au petit marché dit de Sokoné, nous trouvons, par les chemins qui aboutissent à la petite place du marché, les femmes occupées à vendre et à ranger leurs petits lots de 10 cauries de sel ; les marchandes de kolas et de vivres préparés héler les passants ; des ménagères disputer aux marchands une ou deux cauries ou une pincée de sel. Là où la largeur du chemin le permet, on a installé des goua, hangars recouverts en paille où se tiennent des barbiers occupés à raser des patients ; des cordonniers recouvrant des gris-gris ou confectionnant une gaine de couteau. Plus loin ce sont des tailleurs et des fabricants de bonnets, des marchands de tabac à fumer et à priser ; puis des hangars où sont appendus quelques coudées d’étoffe imprimée, des foulards rouges ; sur les nattes trône aussi de la vaisselle en faïence peinte, un ou deux fusils, de temps à autre une mauvaise pièce de calicot écru marquée au bleu : Deutsche Faktorei, J. K. Viétor ; ou encore : Basel mission factory.