Je fus admirablement reçu par Sâadou, qui m’envoya de nombreux cadeaux en vivres tout préparés, autres provisions, viandes et ignames et beaucoup de kolas. Sous sa conduite je fis visite au zerki n’zongo, aux notables, chefs des Mandé et des Ligouy, et enfin au cabocir achanti. Ce dernier, assis devant sa case, ayant à sa droite et à sa gauche quelques vieillards, fit disposer devant lui une rangée de tabourets et de chaises en palmier ban, et nous pria de nous asseoir. Les assistants du cabocir vinrent ensuite défiler l’un après l’autre devant nous en faisant le simulacre de donner la main à chacune des personnes qui m’accompagnaient, mais en réalité moi seul eus le privilège d’une poignée de main. L’un des assistants m’adressa la parole pour me souhaiter la bienvenue, et nous quittâmes ces gens-là sans prendre congé. — Drôles de coutumes !
En venant de Salaga, on débouche sur Kintampo par un sentier bien entretenu et débroussaillé qui bientôt s’introduit dans une série de jardinets clôturés où sont cultivés des haricots, des condiments, du maïs, et où poussent des groupes de papayers et de bananiers chargés de fruits. Ces jardinets sont disposés sur les versants d’une petite ravine où coule un joli ruisseau à eau claire et limpide alimenté par des sources jaillissant d’un sable blanc très fin. Dans quelques-uns de ces jardinets sont disposés des puits à indigo, qui chôment actuellement. Le chemin menant du ruisseau au village court à l’ombre d’arbres splendides qui ont, grâce à leur développement gigantesque, échappé à la hache destructrice des noirs.
Le quartier des Dandawa (village situé vers le Yorouba et dont beaucoup d’habitants sont fixés à Salaga) et celui des Haoussa, par lequel on débouche, se font remarquer par leur propreté. Nulle part on ne rencontre des immondices, et les excavations desquelles on a extrait l’argile rouge ayant servi à la construction des cases ne renferment ni eau croupie ni ordures. Cette propreté des rues fait plaisir à voir, surtout quand on sort de l’affreux bourbier que l’on nomme Salaga.
Kintampo, qui figure déjà dans les itinéraires rapportés par Bowdich et Dupuis sous le nom de Kantano, ne devait être à cette époque qu’un misérable village achanti où quelques Ligouy ou Mandé de Boualé venaient s’approvisionner en kolas. Ces fruits sont apportés par les gens de Coranza, situé à égale distance de Salaga, Boualé et Bitougou. Le kola arrive à maturité à deux petites journées de marche dans le sud.
Kintampo.
Autour de la place du marché, qui se distingue par le gigantesque tronc d’un arbre mort dépourvu de branches, se sont groupés avec assez d’ordre et de symétrie les divers quartiers habités chacun par les gens de même nationalité.
Les habitations sont disséminées et chaque propriété est délimitée par des haies en pourguère ou des clôtures en tiges de mil qui englobent quelques jardinets où poussent papayers et bananiers. Quelques habitations renferment aussi des jeunes arbres à kolas, arbres de luxe seulement, car ils ne produisent pas autre chose que des fleurs, et ce n’est qu’à une quarantaine de kilomètres dans le sud que l’on rencontre quelques exemplaires donnant des fruits.
Autant de quartiers, autant de villages différents, chaque peuple ayant conservé son type de case national et sa façon de grouper ses habitations. A côté des cases mandé et dagomba que j’ai déjà eu souvent l’occasion de décrire, on voit les grandes cases rectangulaires à toits couverts en feuilles de rônier habitées par les Ligouy, puis les élégantes maisonnettes des Achanti, consistant en une cage rectangulaire en bambou recouverte d’un léger torchis badigeonné en gris cendre. Percées de portes assez hautes pour pouvoir y pénétrer sans se baisser et quelquefois de petites fenêtres carrées ressemblant à des sabords, elles sont aussi placées avec assez de symétrie, et leur alignement forme des rues perpendiculaires entre elles. Ce village achanti ressemble ainsi un peu à ce que nous autres Européens construirions si nous venions dans ce lieu comme Robinson Crusoé chacun avec une hache et un couteau.
Ce sont les Haoussa surtout qui ont voulu se distinguer dans l’art de construire. Je puis dire qu’à côté de quelques habitations plus confortables que celles que l’on trouve d’ordinaire chez les noirs, j’ai vu ce que l’on peut appeler des maisons. Je citerai d’abord la mosquée, vaste bâtiment rectangulaire, sorte de hall percé de portes partout et entouré d’une galerie d’environ 1 m. 50 formant véranda.