Comme dans presque tous les villages commerçants, ce n’est pas en faisant le tour du marché qu’on peut juger de l’importance des transactions : on n’y voit en effet rien de ce qui constitue le principal trafic ; c’est dans les cases qu’il faut rôder, vivre de la vie des habitants, passer des heures à siester en compagnie des diatigués en mâchant force kolas, et observer ce qui se dit et se passe autour de vous.
Kintampo, quartier achanti.
Sur le marché il y a quantité d’échoppes où causent des badauds et où ne se traitent que de petites affaires. On y voit des aliments préparés, des vivres, du maïs, des ignames, du sanio, de la viande, des fruits, des condiments et surtout des ouvrages en ban, de la vannerie, des paniers et châssis, sacs et nattes servant aux transports. Le bouakha, ce traditionnel châssis allongé de 1 m. 10, que l’on rencontre sur la tête de tous les porteurs, se vend ici 200 cauries, et la natte servant à le garnir intérieurement, 200 cauries. Très léger, ce panier constitue certes le mode d’emballage et de transport le plus pratique que j’aie vu jusqu’à présent ; il est employé principalement par les hommes, les femmes se servant du sibo-ségui (panier en feuille de rônier dont se servent les femmes pour les transports). On trouve aussi un peu de linge indigène de provenance boualé, kong et djimini, et presque rien, pour ainsi dire, en fait d’articles d’Europe, lesquels se résument en quelques coudées de calicot écru, des perles très communes, un peu de fil de coton rouge et toujours quelques foulards à 200 cauries !
Voici maintenant la liste des articles importés, leur lieu de provenance ainsi que les articles d’importation qui sont payés en échange, car à Kintampo, les cauries étant excessivement rares, on a recours aux échanges directs. Le prix est cependant fixé en cauries pour l’évaluation.
On dit ainsi : La calebasse de sel vaut 2000 cauries, le cent de kolas 1000 cauries : je te donnerai donc 200 kolas pour une calebasse de sel.
Articles d’importation :
1o Le sel, de provenance salaga, se vend par calebasses, dont le prix subit des fluctuations assez sérieuses, surtout en hivernage, lorsque les communications directes avec Salaga sont interrompues à cause des marais de Konkronsou et des inondations du fleuve entre Kâka et Boupi. Il faut alors se rendre de Kintampo à Boualé et de Boualé à Salaga, ce qui correspond, en évitant de passer à Boualé et en prenant au plus court, à un trajet de vingt jours de marche. Actuellement une charge de porteurs, 25 à 30 kilos de sel, se vend de 16 à 20000 cauries.
2o Les bœufs, de provenance dagomba et mossi, venus par Salaga, sont vendus de 50 à 70000 cauries pour être abattus et débités à Kintampo même.
3o Les esclaves, provenant du Gourounsi, actuellement vendus par Oua et Boualé.