4o Et, comme articles secondaires, le beurre de cé, de provenance dagomba et kong ; le tabac, provenant de Boualé et du Gourounsi ; le soumbala, provenant de Sansanné-Mango, venant par Salaga.

Avec ces articles, qui sont payés en kolas, les marchands se procurent à Bitougou, avec le sel et quelques articles d’Europe, les étoffes à bon marché du Djimini ou bien les étoffes mieux conditionnées de Kong et de Boualé à l’aide desquelles ils payent les kolas aux Achanti du Coranza[32].

Kintampo est le point où l’or atteint le maximum de sa valeur ; il n’est possible de se procurer ici le barifiri qu’à raison de 55000 à 60000 cauries, et encore ne pourrait-on en trouver qu’en petite quantité.

Je suis loin de regretter d’avoir opté pour cette route Kintampo au lieu de celle de Boualé ; cela m’a fourni les moyens de juger de l’importance de ce marché et m’a aussi donné l’occasion de voyager en compagnie de cette autre race marchande, rivale de la race mandé, qui tient entre ses mains tout le monopole du commerce de la partie est de la boucle du Niger — je veux parler de la race haoussa. Ces gens m’ont paru travailleurs, sobres, et possédant les qualités nécessaires pour faire d’excellents marchands ; ils possèdent en outre l’esprit d’association à un très haut degré, s’entr’aident entre eux et sont même très serviables pour l’étranger. Moins curieux, moins méfiants et moins audacieux que les Mandé, les Haoussa sont en même temps plus soumis et plus faciles à gouverner.

A côté de ces qualités, le Haoussa a certes bien des défauts : il est léger, frivole à l’excès, peu économe dans beaucoup de cas et possède la passion du jeu au plus haut degré. Ces défauts peuvent être habilement exploités, car il n’est pas rare de trouver quelques Haoussa ruinés par le jeu, et un léger acompte peut les mettre pour longtemps à la disposition de l’Européen, soit comme travailleurs, soit comme soldats.

Les bénéfices des Haoussa qui font le commerce du sel et du kola entre Salaga et Kintampo ne sont pas excessifs, comme on peut en juger :

Un porteur d’une charge de sel achetée à Salaga 8000 cauries la vend à Kintampo environ 16000, et les kolas qu’il rapporte à Salaga lui portent son capital à environ 30000 cauries, lorsqu’il a eu soin d’emporter les cauries nécessaires aux frais de route et qu’il a introduit sa charge de sel intacte à Kintampo.

Il serait donc à la tête de 30000 cauries dans le cas le plus avantageux, mais il a dépensé en route :

Passage de la Volta500cauries.





3000cauries.
Fitto à Gari-n’diato400
— àGourmansi300
— àKonkronsou400
— à Kounchi400
Nourriture à raison de 100 cauries parjour1000
Dépenses, nourriture pendantle séjour de quelques jours à Kintampo1000cauries.
Frais de retoursemblables à ceux de l’aller3000
Total général7000cauries.

Ce qui réduit son capital à 23000 cauries et porte les bénéfices réalisés pour 25 jours d’absence, de privations et 18 rudes journées de porteurs à 15000 cauries, c’est-à-dire 600 cauries par jour, soit 90 centimes environ[33]. Quand on doit encore se vêtir là-dessus, il faut compter qu’un porteur devra faire environ dix voyages pour arriver à gagner la valeur d’un captif, c’est-à-dire travailler un an comme une bête de somme. Ce simple calcul n’excuse-t-il pas un peu le noir, que nous accusons de se jeter si bénévolement dans les bras d’un marabout ou d’un aventurier qui entreprend une guerre ou part pour razzier des captifs[34].