Le deuxième héritier se nomme Andrufi ; il est chef de Bambaso. Les autres chefs influents sont : Annibilé, chef d’Annibilékrou, Papey et Boitène, qui résident près de Bondoukou.

Le mode de succession est analogue à celui de tous les peuples de race agni-achanti et le trône se transmet aux neveux, fils de sœur ; la charge de premier intendant du royaume est occupée par le fils aîné du roi régnant.

Cette charge est actuellement remplie par Diassy, fils aîné d’Ardjouma ; il habite dans un petit village près de Bambaso.

A la suite de nombreuses exactions commises par Diassy, tout un parti s’est rallié à l’ancien intendant du royaume, au fils aîné d’Héba, qui se nomme Cocobo. Cet état de choses a engendré une lutte entre ces deux fonctionnaires ; ils mettent à sac alternativement des villages du royaume.

Ardjouma ne sévit que mollement ; il n’ignore pas que son fils Diassy a de grands torts ; comme père il lui pardonne, et sa faiblesse pour ce fils l’empêche de le mettre à la raison.

Cocobo, l’ancien intendant, a un frère qui jouit aussi d’une assez grande influence dans le pays, mais qui reste en dehors de toutes ces chicanes ; il se nomme Couassy Sékré et habite Tabaye (entre Bondoukou et Amenvi).


★ ★

Comme Ardjoumani me priait avec instance d’attendre le retour ici de M. Treich, je crus bien faire, pour éviter de le froisser, de ne pas brusquer mon départ, et je lui promis de prolonger mon séjour de vingt-quatre heures. C’était déjà pour moi un grand sacrifice, Amenvi n’étant pas précisément bien agréable. Ce village n’a pas de cultures, et toutes les provisions se tirent des environs ; ce n’est qu’avec les plus grandes difficultés que l’on peut s’y nourrir, et si les vivres ne vous viennent pas du chef on risque d’y mourir de faim. Les parents, amis ou captifs de la famille royale, tout en vivant un peu aux dépens d’Ardjoumani, se créent des ressources en or, soit comme part de prise dans les razzias de captifs que fait ce souverain sur les frontières de l’Achanti, soit dans la perception de l’impôt, qui doit se faire, comme chez tous les peuples noirs, d’une façon plus ou moins arbitraire.

Au moment de mon passage à Bondoukou et pendant mon séjour à Amenvi, les chefs ou agents d’Ardjoumani partaient précisément, en vue de la perception de l’or. Rien n’est curieux comme le départ de ces personnages. Assis dans un long panier porté sur la tête de quatre esclaves, et précédés de deux ou trois tam-tams, suivant son rang, le chef essaye de se donner un air d’importance en faisant flotter son plaid en étoffe voyante sur les flancs du panier, et tournoyer son ombrelle dans tous les sens. Le cortège se complète par les captifs porteurs de la chaise ou du tabouret du chef, auquel est presque toujours fixée une sonnette ; puis les porteurs de gris-gris, — queues de bœufs, de chevaux ou d’éléphants, — et enfin le ou les porte-épée ou porte-canne, qui transmettent les paroles du chef.

J’ai vu aussi monter à âne à Amenvi, mais ce n’est que l’exception ; ceux que j’ai vus n’étaient pas des chefs. Ceux-ci doivent, ou se faire porter en panier, ou bien monter à cheval ; mais comme cet animal ne vit pas ici, le pays ne produisant ni sorgho ni graminées propres à sa nourriture, c’est le mode de transport en panier qui est le plus pratique et le plus usité.