L’ameublement consiste en nattes, chaises de divers modèles, tabourets, peaux de singes servant de sièges, quelques bassins en cuivre et des cruches en grès de provenance d’Europe. Au plafond est généralement suspendue une lampe en fer, à l’aide de deux chaînettes.

Les occupations des Ton sont les cultures, l’extraction de l’or, la récolte du vin de palme, le tissage.

S’il m’est difficile d’édifier le lecteur sur l’état des cultures de cette région, il m’est encore moins facile de le renseigner sur l’extraction de l’or : ce dernier travail n’ayant lieu que pendant l’hivernage, je n’ai pas eu l’occasion d’assister à des lavages.

Ce qui m’a frappé, c’est que depuis mon dernier passage de la Volta je n’ai pas vu un seul lougan ; il semblerait que les Ton et les Pakhalla, leurs tributaires, aient pris un soin jaloux de cacher leurs diakha (champs d’ignames). Ces champs doivent se trouver à de très grandes distances des lieux habités, les travailleurs ne rentrant jamais que longtemps après le coucher du soleil. Dans les jardins aux abords des villages, on peut cependant voir un peu de maïs, du manioc, des papayes et surtout des bananiers ; l’indigo et le coton sont inconnus par ici.

Le coton, qui leur vient des régions plus au nord, est filé par les femmes. J’ai vu quelques Ton, très entendus dans le tissage, faire des dessins assez symétriques en damiers ou en raies. On peut cependant dire que cette industrie est peu prospère. Les Ton tirent leur linge de la Côte, ou bien ils se servent d’étoffes indigènes fabriquées par les peuples voisins.

La religion des Ton me paraît offrir quelque analogie avec le culte des Mandé-Bambara et Malinké ; comme eux, ils ont dans un lieu écarté du village une case à fétiche (namabong, en mandé) soigneusement préservée des regards des profanes par une clôture en aloès et des arbres dans lesquels sont disposés des chaudrons sur lesquels on sacrifie les poulets.

Ils possèdent aussi toute la série des sorciers mandé dits soubakha (maîtres de la nuit), et pendant la nuit on entend rôder dans le village les koma et les dou, déguisés avec des vêtements en fibres de palmier et tirant de cornes d’animaux des sons qu’on ne peut comparer à aucun cri connu ; ils se servent pour cela de grandes cornes de bœufs sauvages d’une variété connue par les Mandé sous le nom de minnaba.

Ce peuple a aussi de nombreux tenné (fétiches). Ainsi tel ou tel bois apporté dans le village, ainsi que la vue de tel ou tel animal, peuvent entraîner les plus grands malheurs sur le pays. Beaucoup de Ton ont pour fétiche les chèvres, d’autres les escargots, etc.

Si leur religion se bornait à l’observation et à la pratique de ces mœurs ridicules, les Ton ne seraient pas à blâmer, mais malheureusement, comme les Sanwi, les Achanti et les peuples du Dahomey, ils se livrent à la cruelle pratique des sacrifices humains, non seulement à la mort de leur souverain, mais encore à propos de la mort de tout individu ayant joui de quelque influence.

Le décès d’un personnage de marque donne lieu à des sacrifices humains qui atteignent quelquefois des proportions plus fortes qu’on ne se l’imagine, et à des orgies qui, sans se renouveler souvent, sont menées tellement à fond qu’elles occasionnent la famine de toute une région. Les convives ont le droit de s’inviter eux-mêmes et de piller partout ; quand une bande semblable s’abat sur un village, c’en est fait de lui : tout ce qui n’est pas à l’abri, bœufs, moutons, volailles, ignames, bananes, est dévoré ; le village n’est évacué que lorsqu’il n’y a plus rien à manger et à voler. Je suppose que c’est la raison pour laquelle tous les villages, tant Ton que Pakhalla, dissimulent si bien leurs cultures, car de la Volta à Bondoukou et de ce point au Comoë, je n’ai jamais eu l’occasion de voir un lougan.