Sa robe était d’étoffe violette, avec des bandes d’or en travers du corsage, et une ceinture à boucle dorée; par-dessus la robe, elle portait un long manteau en velours noir soutaché; au cou elle avait un collier de perles à cinq rangs, et encore un autre collier avec de nombreuses pendeloques qui scintillaient sur sa poitrine; à chaque oreille se balançait au bout d’un fil d’or, une grosse pierre bleu pâle. Sous ces vêtements et ces parures elle prenait forcément un air un peu hautain, hiératique, par souci de l’effet et pour faire honneur au jour de fête; mais quand ses yeux se posaient sur Tom ou Bill et qu’elle leur parlait, bonne princesse, ils reconnaissaient bien leur Sal des autres jours.

Et Tom la regardait toujours, les yeux perdus, soufflant de tristesse, et buvait du regard la splendeur des bandes d’or sur le violet de la robe, l’étincellement des joyaux, la grâce altière du long manteau de velours noir et l’appel poignant de la petite figure blanche, de la bouche rouge, des yeux ingénus et farouches...

Pourtant, ce fut Bill qui exprima le premier son admiration:

—Oh Sal! fit-il. Ce que vous êtes belle ce soir!

Sal répondit: «Allons donc!» avec un petit rire modeste, fit un tour complet sur le talon, faisant voler en l’air les pans du manteau de velours, et les regarda tous deux d’un air narquois.

Tom soupira bruyamment et dit:

—Allons boire un verre!

C’était une offre qui n’exigeait pas de réponse; ils s’acheminèrent tous trois vers le «pub» du coin. Là, ils réussirent à trouver un siège pour Sal, lui apportèrent deux doigts de gin dans un petit verre à pied, frêle, très distingué, et elle but à toutes petites gorgées pendant que, debout près d’elle, ils lampaient leur bière.

Ils étaient seuls dans ce coin, et l’intimité soudaine, ou peut-être les libations fraternelles, firent tomber le masque d’insouciance que Sal avait revêtu jusque-là. Elle releva les yeux, et demanda d’une voix hésitante:

—Et... c’est-y demain que vous partez, Tom?