Ils étaient plusieurs au village pour qui ces Chapdelaine étaient presque des étrangers.
—Samuel Chapdelaine, qui a une terre de l'autre bord de la rivière, au-dessus de Honfleur, dans le bois?
—C'est ça.
—Et la créature qui est avec lui, c'est sa fille, eh? Maria...
—Ouais. Elle était en promenade depuis un mois à Saint-Prime, dans la famille de sa mère. Des Bouchard, parents de Wilfrid Bouchard, de Saint-Gédéon...
Les regards curieux s'étaient tournés vers le haut du perron. Lun des jeunes gens fit à Maria Chapdelaine l'hommage de son admiration paysanne:
—Une belle grosse fille! dit-il.
—Certain! Une belle grosse fille, et vaillante avec ça. C'est de malheur qu'elle reste si loin d'ici, dans le bois. Mais comment est-ce que les jeunesses du village pourraient aller veiller chez eux, de l'autre bord de la rivière, en haut des chutes, à plus de douze milles de distance, et les derniers milles quasiment sans chemin?
Ils la regardaient avec des sourires farauds, tout en parlant d'elle, cette belle fille presque inaccessible; mais quand elle descendit les marches du perron de bois avec son père et passa près d'eux, une gêne les prit, ils se reculèrent gauchement, comme s'il y avait eu entre elle et eux quelque chose de plus que la rivière à traverser et douze milles de mauvais chemins dans les bois.
Les groupes formés devant l'église se dispersaient peu à peu. Certains regagnaient leurs maisons, ayant appris toutes les nouvelles; d'autres, avant de partir, allaient passer une heure dans un des deux lieux de réunion du village: le presbytère ou le magasin. Ceux qui venaient des rangs, ces longs alignements de concessions à la lisière de la forêt, détachaient l'un après l'autre les chevaux rangés et amenaient leurs traîneaux au bas des marches de l'église pour y faire monter femmes et enfants.