Samuel Chapdelaine et Maria n'avaient fait que quelques pas dans le chemin lorsqu'un jeune homme les aborda.
—Bonjour, monsieur Chapdelaine. Bonjour, mademoiselle Maria. C'est un adon que le vous rencontre, puisque votre terre est plus haut le long de la rivière et que moi-même je ne viens pas souvent par icitte.
Ses yeux hardis allaient de l'un à l'autre. Quand il les détournait, il semblait que ce fût seulement à la réflexion et par politesse, et bientôt ils revenaient, et leur regard dévisageait, interrogeait de nouveau, clair, perçant, chargé d'avidité ingénue.
—François Paradis! s'exclama le père Chapdelaine. C'est un adon de fait, car voilà longtemps que je ne t'avais vu, François. Et voilà ton père mort, de même. As-tu gardé la terre?
Le jeune homme ne répondit pas; il regardait Maria curieusement, et avec un sourire simple, comme s'il attendait qu'elle parlât à son tour.
—Tu te rappelles bien François Paradis, de Mistassini, Maria? Il n'a pas changé guère.
—Vous non plus, monsieur Chapdelaine. Votre fille, c'est différent; elle a changé; mais je l'aurais bien reconnue tout de suite.
Ils avaient passé la veille à Saint-Michel-de-Mistassini, au grand jour de l'après-midi; mais de revoir ce jeune homme, après sept ans, et d'entendre prononcer son nom, évoqua en Maria un souvenir plus précis et plus vif en vérité que sa vision d'hier: le grand pont de bois, couvert, peint en rouge, et un peu pareil à une arche de Noé d'une étonnante longueur; les deux berges qui s'élevaient presque de suite en hautes collines, le vieux monastère blotti entre la rivière et le commencement de la pente, l'eau qui blanchissait, bouillonnait et se précipitait du haut en bas du grand rapide comme dans un escalier géant.
—François Paradis! Bien sûr, son père, que je me rappelle François Paradis.
Satisfait, celui-ci répondait aux questions de tout à l'heure.