Sous les regards d'interrogation convergeant sur lui, il continuait à baisser les yeux.
—À voir ta face, je calcule que ce sont des nouvelles de malchance.
—Ouais.
La mère Chapdelaine se leva à moitié avec un geste de crainte.
—Ça serait-il les garçons?
—Non, madame Chapdelaine. Esdras et Da'Bé sont bien, si le bon Dieu le veut. Les nouvelles que je parle ne viennent pas de ce bord-là; ça n'est pas un parent à vous, mais un garçon que vous connaissez.
Il hésita un instant et prononça le nom à voix basse.
—François Paradis...
Son regard se leva un instant sur Maria, pour se détourner aussitôt; mais elle ne remarqua même pas ce coup d'œil chargé d'honnête sympathie. Un grand silence s'était appesanti non seulement dans la maison, mais sur l'univers entier; toutes les créatures vivantes et toutes les choses restaient muettes et attendaient anxieusement cette nouvelle qui était d'une si terrible importance, puisqu'elle touchait le seul homme au monde qui comptât vraiment.
—Voilà comment ça s'est passé... Vous avez peut-être eu connaissance qu'il était foreman dans un chantier en haut de La Tuque, sur la rivière Vermillon. Quand le milieu de décembre est venu, il a dit tout à coup au boss qu'il allait partir pour venir passer les fêtes au lac Saint-Jean, icitte... Le boss ne voulait pas, comme de raison; quand les hommes se mettent à prendre des congés de dix à quinze jours en plein milieu de l'hiver, autant vaudrait casser le chantier de suite. Il ne voulait pas et il le lui a bien dit; mais vous connaissez François: c'était un garçon malaisé à commander, quand il avait une chose en tête. Il a répondu quel avait dans son cœur d'aller au grand lac pour les fêtes et qu'il irait. Alors le boss l'a laissé faire, par peur de le perdre, vu que c'était un homme capable hors de l'ordinaire, et accoutumé dans le bois...