Il y avait un petit harmonium contre le mur; de l'autre côté, une table qui portait des revues agricoles, un Code, quelques livres reliés en cuir noir; aux murs le portrait du pape Pie X, une gravure représentant la Sainte Famille, une planche en couleurs où voisinaient les traîneaux et les moulins à battre d'un fabricant de Québec, et plusieurs affiches officielles contenant des recommandations sur les incendies de forêts ou les épidémies de bétail.

—Alors il paraît que tu te tourmentes sans bon sens, de même? dit-il assez doucement en se retournant vers Maria.

Elle le regarda avec humilité, peu éloignée de croire qu'en son pouvoir surnaturel de prêtre il avait deviné son chagrin sans que nul ne l'en eût averti. Lui courbait un peu sa taille démesurée et penchait vers elle sa figure maigre de paysan; car sous sa soutane il avait tout d'un homme de la terre: le masque jaune et décharné, les yeux méfiants, les larges épaules osseuses. Même ses mains, dispensatrices de pardons miraculeux, étaient des mains de laboureur, aux veines gonflées sous la peau brune. Mais Maria ne voyait en lui que le prêtre, le curé de la paroisse, clairement envoyé par Dieu pour lui expliquer la vie et lui montrer le chemin.

—Assis-toué là! fit-il en montrant une chaise.

Elle s'assit un peu comme une écolière qu'on réprimande, un peu comme une femme qui consulte le magicien dans son antre, et attendit avec un mélange de confiance et d'effroi que les charmes surnaturels opérassent.

Une heure plus tard, le traîneau filait sur la neige dure. Le père Chapdelaine commençait à s'assoupir et les guides glissaient peu à peu de ses mains ouvertes.

Une fois encore il se secoua, releva la tête et reprit à pleine voix le cantique qu'il avait entonné en quittant le village:

...Adorons-le dans le ciel,
Adorons-le sur l'autel
...

Puis il se tut, son menton s'abaissa peu à peu sur sa poitrine, et il n'y eut plus sur le chemin d'autre bruit que le tintement des grelots de l'attelage.

Maria songeait aux paroles du prêtre.