—Quel métier donc que vous faisiez?

Le Français hésita un instant avant de répondre, se rendant compte peut-être que ce qu'il allait dire serait étrange et difficile à comprendre.

—Moi, j'étais accordeur, dit-il enfin, accordeur de pianos; et mes deux fils que voilà étaient employés, Edmond dans un bureau et Pierre dans un magasin.

Employés—commis—cela c'était clair pour tout le monde; mais la profession du père restait un peu obscure dans les esprits de ceux qui l'écoutaient.

Éphrem Surprenant répéta: «Accordeur de pianos; c'était ça, c'était bien ça!» Et il regarda son voisin Conrad Néron d'un air supérieur, et de défi, qui semblait dire: «Tu ne voulais pas me croire ou bien tu ne sais pas ce que c'est; mais tu vois...»

—Accordeur de pianos, répéta à son tour Samuel Chapdelaine, pénétrant lentement le sens des mots. Et c'est-il un bon métier, ça? Gagniez-vous de bonnes gages? Pas trop bonnes, eh!... Mais de même vous êtes ben instruits, vous et vos garçons; vous savez lire et écrire, et le calcul, eh? Et moi qui ne sais seulement pas lire.

—Ni moi! ajouta promptement Éphrem Surprenant.

Conrad Néron et Égide Racicot firent chorus:

—Ni moi!

—Ni moi!