CAMEL—Je vous dis qu'il y était, moi; et que cette maudite canaille a eu l'audace d'attaquer Odeltown où les volontaires étaient retranchés; qu'ils se sont battus deux jours de suite comme des enragés brigands qu'ils sont. Mais heureusement qu'ils n'avaient pour armes que quelques mauvais fusils et les troupes du gouvernement n'ont pas eu de peine à repousser leurs attaques.

POUTRÉ—Pauvres enfants!

CAMEL—Oui, pauvres enfants, des rebelles qui, s'ils tombent maintenant sous la patte du gouvernement, recevront certainement ce qu'ils méritent. Entendez-vous, père Poutré, et votre Félix pourrait bien, avant longtemps, essayer une cravate plus dure qu'une cravate de marié!

POUTRÉ—Mais qui donc t'a dit, Camel, que Félix faisait partie des révoltés? Il est parti depuis huit jours pour Lacolle où il règle quelques-unes de mes affaires.

CAMEL—Allons donc! allons donc! on sait ce qu'on sait. Et si je vous disais, moi, que depuis un mois, il parcourt les campagnes pour assermenté les rebelles et lever des fonds pour acheter des armes aux États-Unis; qu'il a ainsi réuni plus de trois mille vauriens, organisé des comités, tenu des conciliabules, et soulevé partout cette canaille qui est heureusement dispersée maintenant!

POUTRÉ, à part—Le traître sait tout! (Haut.) C'est impossible ce que tu me dis là, Camel. Mon fils ne s'est jamais mêlé des troubles du pays. Mais, toi, tu fais un bien vil métier en décriant ainsi tes compatriotes, et en essayant de faire planer de tels soupçons sur la conduite de tes frères.

CAMEL—Ta, ta, ta, ta! Tenez, le père, si j'écoutais mon devoir, je devrais les dénoncer plutôt, et le gouvernement m'en saurait gré . . . (On entend chanter ait loin: En avant! marchons, etc.) Tenez, les voilà qui s'approchent! (On entend des coups de fusil.) Entendez-vous la fusillade? C'est sans doute quelque escarmouche de l'autre côté de la rivière. Il est maintenant 7 heures du soir: bien! avant qu'il soit 11 heures, les troupes se seront emparées du village. Au revoir, père Poutré. (Il sort.)

SCÈNE III

POUTRÉ seul

POUTRÉ—Oui, au revoir, maudit pourvoyeur de potence! S'il fallait chasser quelqu'un du pays, c'est bien par les chenapans de ton espèce qu'il faudrait commencer! . . . Mais Félix ne revient toujours pas . . . pourvu qu'il ne lui soit point arrivé malheur . . . qui sait où sa mauvaise tête peut le conduire . . . O mon Dieu, conservez-moi le seul espoir de mes cheveux blancs! (Une troupe de patriotes entrent en chantant. Ils sont armés de fourches, de faux et de mauvais fusils.)