POUTRÉ—Bonsoir.

CAMEL, s'asseyant—Les temps sont durs, père Poutré.

POUTRÉ—Oui, les pauvres Canadiens vont avoir de bien mauvais quarts d'heure à passer.

CAMEL—C'est bien leur faute; quel besoin avaient-ils de se révolter contre le gouvernement? Y a-t-il un pays au monde aussi heureux que celui-ci?

POUTRÉ—Hum!

CAMEL—Comment? vous ne trouvez pas les Canadiens heureux de vivre sous notre bon gouvernement?

POUTRÉ—Écoute, Camel, ne viens pas me tendre des pièges. Je n'ai pas bougé, moi; j'ai cru que c'était une folie. Je l'ai même dit aux jeunes gens. Malheureusement une fois le branle donné, rien n'a pu arrêter ces pauvres enfants-là . . . Mais de ce que je dis qu'ils ont fait une folie, à dire que le gouvernement est bon, il y a loin. Je ne dis pas, entendons-nous, qu'il soit mauvais; je ne dis rien du tout. Mais avant de dire qu'il est bon, tu sais . . . mon cher . . . Au reste il ne s'agit pas de tout cela; qu'y a-t-il à ton service?

CAMEL—Ainsi, père Poutré, vous pensez que le gouvernement n'est pas bon?

POUTRÉ—Je ne dis rien, Camel, entends-tu? Laissons cela là et dis-moi ce que tu viens faire ici!

CAMEL—Oh! histoire de jaser en passant . . . mais vous vous couchez bien tard, père Poutré; attendez-vous quelqu'un?