CARDINAL—Vive la liberté!
SHÉRIF—Joseph Duquette, à votre tour, approchez et levez la main droite. (Il lit:) «Ayant été bien et dûment convaincu du crime de haute trahison, avec intention avouée de renverser le gouvernement de notre Souveraine Dame la Reine, au Canada, vous, Joseph Duquette, avez été condamné par la Cour Martiale légalement établie en cette province, à être conduit, vendredi, le vingt et unième jour de décembre en l'année de Notre Seigneur mil huit cent trente-huit, au lieu ordinaire des exécutions, pour là être pendu par le cou jusqu'à ce que la mort s'en suive. Que Dieu ait pitié de votre âme.»
DUQUETTE—Vive la liberté!
SHÉRIF—Joseph Narcisse Cardinal et Joseph Duquette, préparez-vous tous deux à me suivre. (Cardinal et Duquette pressent la main aux prisonniers dont quelques-uns pleurent.)
CARDINAL—Ne pleurez pas, mes amis, nous nous reverrons dans un monde meilleur, et en attendant, nous allons montrer à nos ennemis comment savent mourir des chrétiens et des Canadiens-français . . . Adieu! . . . priez pour nous et vive le Canada! (Cardinal et Duquette s'embrassent et se mettent à genoux.)
DUQUETTE—J'offre mon âme à Dieu et ma vie à mon pays!
CARDINAL—Ainsi soit-il!
SHÉRIF—Êtes-vous prêts?
(Ensemble:) CARDINAL—Oui. DUQUETTE—Oui.
Ils sortent escortés par les soldats et suivis par le bourreau, le geôlier et le shérif. Tous les prisonniers restent silencieux; on entend le brouhaha de la populace.