TOINON—Bon, y va-t-y nous faire faire la procession, à c't'heure?

FÉLIX—Mettez-vous à genoux, vous dis-je! (Comme personne ne bouge, il se précipite sur tous ceux qu'il peut atteindre, et les assomme à coups de poing. Le shérif, le geôlier et les soldats s'échappent comme ils peuvent et se sauvent.)

BÉCHARD—Diable! mais il est furieux; il a le délire; il va certainement en tuer quelqu'un!

FÉLIX—Ah! mes vauriens, je vais vous montrer, moi, à écouter le commandement. (Il recommence le même jeu; saisit Toinon, le terrasse et veut l'étrangler.)

TOINON—Aïe! Aïe! . . . ah! Ste Anne du Nord! aïe! . . . mon capitaine! . . . Ne me faites pas de mal. J'sus-t-un honnête homme . . . j'prierai le bon Dieu pour vous . . . aïe! aïe! au secours! . . . au meurtre! . . . (On se précipite à son secours; Félix se laisse d'abord conduire, puis tout à coup en étend deux ou trois par terre, et lutte en désespéré.)

FÉLIX—Ah! mes drôles! . . . Ah! mes coquins! . . . Ah! mes vauriens! . . . (Tous se sauvent.) Bon! essayez maintenant à regimber! . . . Vous allez voir à qui vous avez affaire! Je vous avertis que j'ai reçu des leçons de Sa Majesté la Reine, qui n'a pas son pareil pour la boxe . . . Il faut que les affaires changent . . . je ne suis pas gouverneur pour rien, et je vais vous montrer comment un officier du gouvernement sait se faire respecter . . . D'abord vous allez faire l'exercice . . . prenez vos fusils, ho! . . . Allez-vous obéir? nom d'un million de biscaïens! . . .

LES PRISONNIERS, entre eux—Mais il est donc devenu fou?

FÉLIX—Ah! vous ne voulez pas obéir, hein? . . .

TOINON—Oui, oui, moi, je veux obéir . . . (À part.) Ste Anne du
Nord, qu'est-ce qu'on va devenir? . . .

(Le geôlier entre.)