(Le Geôlier fait entrer Félix et Béchard.)
SCÈNE II
Les Précédents, FÉLIX, BÉCHARD, le GEÔLIER
LE SHÉRIF—Félix Poutré, approchez et répondez aux questions qu'on va vous faire.
FÉLIX—Oui, oui! Mais j'ai à vous dire d'abord que vous allez commencer par laisser toutes ces places-là vides! Vous n'avez pas d'affaires ici du tout. J'ai une armée de dix mille hommes qui va arriver ici tout à l'heure: il n'y a pas de sièges de reste.
LE SHÉRIF, au juge—Votre Honneur voit qu'il n'y a pas moyen de tirer une parole de bon sens d'une cervelle comme celle-là.
LE JUGE—Félix Poutré, vous êtes ici devant un tribunal; vous devez savoir que nous avons le pouvoir de vous traiter comme bon nous semblera. Ce que vous avez de mieux à faire, c'est de répondre de suite aux questions qu'on va vous poser. Premièrement dites-nous . . .
FÉLIX—Premièrement . . . je vais vous dire . . . que vous êtes tous une bande de fainéants avec vos grandes robes noires et vos fichus blancs! Vous des juges! vous êtes des voleurs. Il y a longtemps que vous volez l'argent du gouvernement à ne rien faire . . . Maintenant que je suis gouverneur, il faut que ces bêtises-là finissent, entendez-vous? . . . Je ne sais pas ce qui me retient de vous chasser tout de suite. Je n'ai pas été placé à la tête du pays pour rien; vous avez besoin de filer droit, je vous en avertis . . . C'est tout ce que j'ai à vous dire.
LE JUGE—Allons, allons, Félix Poutré, si vous continuez à insulter la cour, je vais être obligé . . .
FÉLIX—Tenez, je vois bien que vous ne connaissez pas ce qui vous pend au bout du nez . . . je vous dis une fois pour toutes que je suis gouverneur, que si vous ne vous gouvernez pas droit, je pourrais bien vous gouverner de la bonne manière, moi!