LE JUGE—Silence! Encore une fois, Félix Poutré . . .

FÉLIX—Ah! vous voulez raisonner! Attendez un peu, ça va être fait dans la minute, je vais vous payer d'abord, et vous chasser tout de suite. Des fainéants, des bons à rien, des gredins, des chenapans, des voleurs, des polissons comme vous autres, je n'en veux plus! Vous allez tous faire vos paquets et décamper sans tambour ni trompette . . . Ah! vous voulez regimber, hein! je vais tirer vos comptes.

(Il prend un volume et veut écrire dedans.)

SHÉRIF—Allons donc! il va gâter ce volume-là. (Il le lui ôte.)

FÉLIX—Ah! mais vous voulez donc vous rebeller pour tout de bon! . . . Eh bien! nous allons avoir du plaisir . . . (Il frappe le shérif.) Tiens, toi attrape celui-ci d'abord! . . . (Il culbute les avocats.) A votre tour, vous autres! . . . (Au juge) Et toi, ma grande épinette, espère un peu! (Il culbute le juge, renverse tout, tables, chaises, et jette tout dans les coulisses. Tout le monde se saute, excepté Béchard.) Hourra pour moi! Vive le gouverneur! . . . Qu'il en vienne encore des robes noires et des fichus blancs! Ah ça! bien du plaisir, les messieurs aux gros livres! Des compliments à chez vous . . . (Il regarde de tous côtés, puis s'adresse à Béchard.) Mon cher Béchard, nous sommes biens seuls enfin! (Il lui serre la main.) Eh bien, dites-moi, trouvez-vous que je sache bien faire le fou?

BÉCHARD—Comment! . . . tu n'es pas fou? . . .

FÉLIX—Pas plus fou que lorsque je suis entré en prison. Mais parlez moins haut, vous allez me trahir! . . .

BÉCHARD—Ah! mais franchement, là, est-il possible que tu aies véritablement ta raison?

FÉLIX—Mais vous m'avez donc cru fou pour tout de bon?

BÉCHARD—Eh! bon Dieu! fou à lier, plus fou que tous les fous ensemble. Je n'ai rien vu de pareil.