BÉCHARD—Sapristi! tu les assommes! C'est ça qui m'a tant fait croire à ta folie; l'idée d'abîmer tout le monde comme ça. C'est que tu ne ménages pas plus tes amis que les autres.

FÉLIX—Excepté vous, Béchard. (Il lui serre la main.)

BÉCHARD—Tiens, et dire que cela ne m'a pas frappé . . .

CAMEL, à part—Vieille bête!

BÉCHARD—J'ai cru que comme nous étions grands amis, tu me connaissais mieux que les autres, voilà tout! Mais, dis-moi, comment diable fais-tu pour ne pas rire? Moi je ne riais pas parce que cela me faisait trop de peine; mais toi, quand tu les vois te regarder tout effarés, quand ils se sauvent, comme des moutons poursuivis par un loup . . .

FÉLIX—Ah! bien c'est là le plus difficile. Mais quand j'ai trop envie de rire, je suis votre conseil, je me demande si je rirais bien si je me voyais la corde au cou et le bonnet blanc sur la tête! Une fois cette idée-là dans mon esprit, l'envie de rire s'en va complètement. Comme ça, vous trouvez que je fais bien le fou . . .

BÉCHARD—Comme si tu n'avais jamais fait autre chose de ta vie . . .

CAMEL, à part—Pas tout à fait assez bien encore . . .

BÉCHARD—Mais tu es d'une audace . . . t'attaquer au shérif . . . au juge! . . .

FÉLIX—C'est ce qui me sauve, vous comprenez.