LES PRÉCÉDENTS, JOLIN.
JOLIN, entrant—Eh bien, qu'est-ce que vous faite donc? Il n'y a pas de temps à perdre: il est une heure du matin.
BERTRAND—Bon! chacun son tour. C'est-y amusant d'attendre?
JOLIN—Thibeault vous a-t-il fait... comprendre...
BERTRAND—Ben... à peu près. Il paraît qu'y a un citoyen de trop dans ce monde.
JOLIN—Chut!... Comprenez bien mes volontés. Il ne s'agit pas de faire un mauvais coup; je suis trop honnête homme pour rien exiger de pareil. D'ailleurs on sait que l'individu se trouve chez moi, et je serais bien embarrassé de rendre compte de sa disparition... s'il disparaissait. Il faut être prudent. Il ne s'agit que de s'emparer de quelques paperasses qu'il a sur lui. Seulement, s'il s'éveille trop tôt, vous pouvez compter sur une résistance énergique... et alors...
BERTRAND—Tant mieux!
THIBEAULT—Tant pis!
JOLIN—Il faut l'empêcher de s'éveiller trop tôt et je puis vous donner à ce sujet des renseignements utiles. Pendant qu'il se couchait, je l'ai examiné par une fente de la cloison. Il se défie de quelque chose car il a commencé par entasser tous les meubles de la chambre derrière la porte, et puis s'est couché tout habillé. Mais il est bien fatigué, et il dort déjà profondément. Il s'agit d'abord d'ouvrir avec assez de précaution pour ne pas faire de bruit, c'est le principal. Après cela vous irez droit au lit qui est à gauche, et vous pourrez vous emparer de l'individu avant qu'il soit éveillé; alors j'entrerai avec de la lumière, et le reste ira tout seul.
BERTRAND—Mais, tonnerre d'un nom! c'est bien des cérémonies, ça! Laissez-moi donc faire; ça mettra pas grand temps, vous verrez!