JOSEPTE—Ce pauvre M. Adrien... Ah! ben, j'suis contente pour lui.
THIBEAULT—Chut!... le v'là qui s'en vient avec sa blonde... Allons-nous-en. (Il sort.)
JOSEPTE, sortant—Qui c'qu'aurait jamais pu penser?...
SCÈNE II
ADRIEN, BLANCHE.
ADRIEN—Comme tout me paraît changé ici! Ce jardin, ce parc, qui me semblaient si sévère, si triste, il y a quelques jours, sont pour moi un paradis terrestre maintenant... N'est-ce pas qu'il est sublime ce sentiment qui a le pouvoir non seulement de réchauffer les cœurs les plus froids, d'inspirer des actions héroïques aux plus égoïstes, mais encore de transformer ainsi même les objets matériels, la nature inerte! Oh! aimons-nous toujours ainsi, Blanche, et toute l'existence ne sera qu'un long enchantement... Mais vous ne me semblez pas très gaie... auriez-vous quelque chagrin?
BLANCHE—Non, Adrien; mais j'ai des appréhensions; je ne comprends pas trop tout ce qui se passe autour de nous; il me semble que tout ceci est un rêve.
ADRIEN—Que ce soit un rêve ou une réalité, si ce rêve doit durer toujours, pourquoi désirer autre chose? Ne nous préoccupons pas de l'avenir. Tu m'aimes toujours, n'est-ce pas? Dis-moi que tu m'aimes toujours.
BLANCHE—Oh! oui, toujours Adrien! comment ne t'aimerais-je pas, toi si noble et si généreux! toi mon ami d'enfance, mon frère! mon frère par l'affection, et aussi... par le malheur... Tous deux nous avons souffert, tous deux nous avons pleuré; et c'est là une fraternité qui ne s'altère jamais, car elle tient à toutes fibres du cœur. Oui, Adrien, oui, je suis fière de te le dire, je t'aime, je t'aime de toutes les forces de mon âme, sans restriction, sans hésitation, sans partage... mais...
ADRIEN—Alors, Blanche, ô ma Blanche bien-aimée, qu'as-tu à craindre? Pourquoi douter de la Providence? Celui qui protège le nid des petits oiseaux, est le père de tous ceux qui s'aiment...