BLANCHE—Les convenances, le sentiment de ma dignité me défendraient d'accepter les dons d'un étranger, dût mon bonheur en dépendre!
Mme SAINT-VALLIER—Phrases de romans que tout cela... D'ailleurs si tu es si délicate, M. DesRivières ne pourrait-il pas s'intéresser en faveur de son nouvel ami, M. Adrien, qui lui a, paraît-il, rendu un service immense?
ADRIEN—Madame, je rougirais de devoir la main de Blanche à une indélicatesse; et c'en serait une que de recevoir le prix d'un service rendu.
BLANCHE—Cher Adrien, nos âmes se devinent toujours.
Mme SAINT-VALLIER—Sur ma parole, la jeunesse d'à présent est complètement folle... Ah! ça voudriez-vous bien me dire pourquoi, après m'être opposée jusqu'ici à cet absurde mariage, j'aurais changé d'avis tout à coup, si l'on ne m'avait fait entendre certaines éventualités? Qu'y aurait-il de changé dans nos situations réciproques? Mais puisque vous êtes si désintéressés, n'en parlons plus... tout est rompu! Toi, Blanche, je te défends de revoir M. Launière; et de son côté M. Launière voudra bien ne plus t'honorer de ses attentions particulières.
ADRIEN—Oh! madame, par pitié pour moi, pour Blanche...
Mme SAINT-VALLIER—C'est mon dernier mot!
BLANCHE—Oh! maman! (Elle pleure.)
Mme SAINT-VALLIER—Blanche, rentrons!
ADRIEN—Soyez tranquille, Blanche; je ne vous abandonnerai pas!