Je me gardai de demander aucune explication et m'apprêtais à déconcerter au besoin les mystificateurs par une réserve systématiquement courtoise; mais les éclaircissements arrivèrent d'eux-mêmes lorsque, après un gai froufrou de robes froissées, on se fut tassé tant bien que mal.

Les assiégeants avaient pour chef la sémillante cantatrice du second étage, flanquée du pianiste du premier et du poète du rez-de-chaussée; le reste de la troupe se composait d'un bouquet de reines et princesses de théâtre, escortées d'une demi-douzaine de notabilités du genre masculin et du sous-genre artistique ou littéraire, personnages dont l'insouciance habituelle s'aiguisait, semblait-il, d'une pointe de griserie.

Le brouhaha s'apaisant, ma doucereuse voisine daigna, de son propre mouvement, dévoiler les motifs de l'incartade:

«Elle avait, tout à l'heure, conçu le caprice de faire grimper sa compagnie à l'étage au-dessus, afin d'y surprendre, comme un corbeau dans son clocher, certain jeune homme trop prématurément grave et farouche….»

Ceci chantonné dans le son clair du rire, et souligné, à la ronde, d'une quantité d'oeillades assassines m'avertissait que je n'étais pas au bout des épreuves préméditées par l'aimable société.

Je barbotai dans une réplique filandreuse tendant à démontrer la joie pure que me causait l'apparition extraordinaire, imprévue!…

Mais je ne pus achever…. Mes bourreaux avaient hâte d'ouvrir les hostilités.

—Monsieur comprend le vrai bien-être! Admirez donc cette belle robe de chambre! s'écria l'une des dames, devinant le pudique embarras où me plongeait un vêtement trop intime, à grands carreaux jaunes sur fond vert-pomme, et l'impuissance de mes efforts pour garder, quand même, une pose majestueuse.

—Être à l'aise chez soi, chose adorable! dit un gentleman momifié dans le costume le plus étroit de la plus dernière mode.

—Et rêver seul, en buvant du thé! Quel charme! sifflota du ton le plus impertinent une autre dame dont le nez déluré, la lèvre charnue et l'oeil flambant promettaient tout autre chose qu'un naturel contemplatif.