«Livide et déprimé, salement enduit de barbe, le profil de Jyns convulse un sourire qui peut, au choix, s'interpréter comme un indice de cynique forfanterie ou de stupidité sans fond.

«Cet équivoque rictus produit une impression irritante sur l'auditoire. Que résultera-t-il de ces simagrées d'astuce ou d'hébétement? Va-t-on s'apitoyer sur ce pleutre, le questionner, écouter ses aveux? la fameuse réforme n'aboutira-t-elle qu'à d'odieuses mystifications! Sombres, les lyncheurs sérieux sont sur le qui-vive et, de son côté, le groupe des trappeurs, anciens collègues supposés de M. Jyns, dissimule mal son intolérance à l'égard de toute tentative d'interrogatoire confidentiel. Une méfiance se déchaîne proche de la fureur; des revolvers apparaissent dans toutes les mains; peu s'en faut qu'en cet instant d'exaltation on n'inflige, sur place, un lynch préventif à toute la séquelle judiciaire. Le tumulte tourne à l'orage, lorsque, au coup de cloche annonçant l'ouverture des débats, le silence s'établit, le silence sans souffle d'une foule devant le drame imminent.

«Et comment noter ce drame en sa promptitude d'éclair?

«—Meurtre, viol, incendie.—La mort.—Oui.—Pas de grâce,» articulent les magistrats d'une voix collective.

«—Mais, mais…,» proteste dans l'étranglement mécanique la tête de
Will, que déjà le médecin invite à s'expliquer d'une façon posthume…

«Illusion, ou vérité saisie au vol! Le reste du grognement guttural semble continuer d'errer entre les dents jaune de W. Jyns. La vie?… oui, elle palpite encore sur cette grimace tuée, elle accentue, plus pincé dans la pâleur verte du «raccourci,» le sourire gouailleur ou niais, au choix; la clameur commencée achève de couler des lèvres béantes: on jurerait qu'un tressaillement de la langue glousse d'agonisantes syllabes… La science tient-elle une solution? Atteste-t-elle, cette tête tranchée, l'affreuse attardance de la pensée et de la douleur au vif du centre nerveux?

«Tel est le doute de la foule qui se retire, au reste enchantée de l'excellent fonctionnement du système. Jyns a-t-il parlé vraiment? Ceux qui l'affirment ne cherchent-ils qu'à faire des dupes? Ceux qui prétendent le contraire méritent-ils croyance?

«Les opinions les plus diverses circulent. Les gens de bon ton, les lyncheurs de marque penchent pour la négative et se bornent à conclure que, de toutes façons, Will Jyns était d'âme trop basse pour trouver à dire quoi que ce fût en un si solennel moment.—Il était incapable, ce guillotiné, d'un pareil coup de tête,—ajoute-t-on avec dédain.

«Mais au sein du populaire, parmi les présumables ex-affiliés du défunt, on se plaît à raisonner différemment. De ce côté surgit, s'élève, grandit une légende appelée à s'accréditer glorieusement au lointain des prairies et d'après laquelle le généreux Will, témoignant passagèrement d'une finesse au-dessus de son éducation, aurait détaché, d'un verbe clair, à la face de la science et de la justice, cet aphorisme…

«—La mort garde son secret!…»