Soudain, une sonnerie, signal de la reprise du travail donné par le rédacteur-chef, Rob-Edwards, l'avisé créateur de l'Express-Times.
Les appareils typographiques sont mus à volonté par un engrenage intérieur adjoint aux roues des véhicules. Tel est le truc breveté d'Edwards….
Les ateliers-wagons retentissent aussitôt, d'un assourdissant fracas d'usine, au battement de ferraille des presses rotatives, aux grincements et cliquetis des milliers de griffes et pattes d'acier qui dévident le papier sans fin des bobines, l'étirent sous l'encrage des rouleaux, le promènent par les engins à découper, à brocher, à plier, et l'emmagasinent, enfin, dans un compteur d'où les paquets de journaux tomberont tout ficelés sur la voie.
Hurrah! tout va! «Le train imprime lui-même!» L'automatisme se fait publiciste. L'invention d'Edwards fonctionne prodigieuse et pourtant bien simple, par ce seul principe de l'emploi des excédents de force….
Midi et quart.—Autre coup de sifflet annonçant le premier poste de vendeurs. En avant du train tourne un disque marqué d'énormes chiffres noirs:
«Dix mille!» avertit la vigie.
L'employé du compteur manoeuvre dix fois le ressort.
Les dix ballots de mille restent sur le rail. Nous passons en éclair devant l'équipe de «camelots.» Nous entendons leurs vivats; nous les voyons, déjà dans un lointain, s'emparant des liasses qu'ils vont répartir en hâte dans le district.
Même jeu de cinq en cinq minutes; même chute de feuilles….
«Dix, vingt, trente, cinquante mille!» hèle la vigie. Et l'effréné roulement des rotatives pourvoit sans relâche à cette effervescence de consommation, miracle industriel brillamment acclamé par les curieux des trains croisés en route et par nos troupes de vendeurs dont s'accroissent le nombre et les commandes à mesure que nous entrons en pays plus perdus.